LIVRE HUITIÈME. :m
c'était le nid (codai des comtes de Bigorre; mais que pouvaient murailles, fossés et châteaux contre les vautours Scandinaves? Un siècle après leur passage, les ruines écroulées gardaient encore leur mémoire. Les gens des montagnes vengèrent pourtant ceux du plat pays. Embusqués dans leurs rochers, ils surprirent la retraite des pillards, en tuèrent un grand nombre et reprirent tout le butin ; mais ils ne le rendirent point aux propriétaires dépouillés : c'étaient les épaves de la victoire.
Malgré cet échec, les-Normands reparurent en 864, et Toulouse eut à subir une nouvelle exécution. Us rançonnèrent Poitiers, et eurent l'audace de s'aventurer jusqu'en Auvergne, après avoir défait et tué le comte d'Angoulême, dont ils ravagèrent la province. Etienne, comte d'Auvergne, périt sous leurs coups, et la ville de Clermont fut dévorée par les flammes. En se retirant, ils voulaient achever la destruction de Toulouse, mais les habitants se défendirent avec le courage du désespoir, et sauvèrent les débris de leurs foyers.
Depuis ce temps, le pays compris entre la Charente et les Pyrénées ne revit plus les Normands; mais il n'en fut pas ainsi des contrées qui bordent la Loire, la Seine, la Meuse et l'Escaut. Sur ces points, les invasions se multiplièrent avec plus d'ensemble et de durée. Elles créèrent sur chacun de ces fleuves des stations fortifiées, qui servirent de rendez-vous aux flotilles du Nord, de centre et de point d'appui à leurs attaques, e( d'entrepôts pour le butin. Ce furent de véritables colonies, qui ont chacune leur part d'hisloire dans cette époque de désolation.
Depuis qu'Iïarold le Danois avait obtenu de Louis le Pieux la concession d'une partie de la province batave, d'autres chefs Scandinaves se présentèrent, avec l'espoir de fonder une domi*
nation décisive dans ce pays de toute part accessible à leurs navires.
Après avoir pris Doërstad, égorgé la population d'Utrecht, incendié Anvers et détruit Witta, à l'embouchure de la Meuse il ne leur fut pas difficile de s'emparer de l'île de Walcheren , qui devint, en 837, leur première station. Quand l'empereur Lolhaire leur eut cédé tout ce qu'ils avaient conquis, ils ne tardèrent pas à s'établir à Louvain, dont ils tirent leur place d'armes. C'est de là qu'ils partaient pour aller mettre à feu et à sang les contrées Voisines. Baudouin 1" sut défendre la Flandre; mais la basse Lorraine, la Frise, et plus tard la Neustrie septentrionale, se ressentirent souvent du voisinage de l'Escaut.
On voit encore, après dix siècles, au bord de la fontaine de Val-Saint, dans le diocèse de Biyeux, les ruines d'une chapelle tombée de vétusté; c'est l'antique ermitage de Livri, et le tombeau de Sulpice, évèque de Bayeux. L'héroïque pasteur n'avait pas voulu fuir à l'approche d'une horde normande accourue de l'Escaut; il voulait défendre son bercail malgré la dispersion du troupeau, et mourut, la face tournée contre l'ennemi , en jetant vers le ciel ce cri sublime : « Dieu veuille que mon sang soit le dernier versé! » L'évéque Sulpice était le Bayard du sanctuaire. Les hommes des champs racontent sa légende au voyageur ; ils vont prier sur sa tombe quand un danger les menace ou qu'une calamité les afflige.
Les principaux chefs des ravageurs de la Flandre furent Hurik, qui obtenait, en 870, le duché de Frise de la faiblesse de Charles le Chauve, en môme temps qu'un Scandinave du même nom fondait un empire dans le nord de l'Europe; — Bodulfe, qui pilla la Germanie et fut tué en 863 ; — Rollon , qui, après avoir désolé la Hollande, et battu sur l'Escaut les lieutenants du roi de France, abandonna l'ile de Walcheren pour aller commander, en 876, la colonie jetée sur la Seine; — enfin, Godfried , qui descendit sur les bords de la Meuse avec une partie des guerriers danois qui avaient refusé d'embrasser fe