LIVRE HUITIÈIME
Christianisme dansl'Est-Anglie, sous les lois d'Alfred le Grand. Ce Godfried peut être regardé comme le plus puissant de tous les clieis normands qui rendirent leur nom redoutable au nord de la Gaule. La victoire de Thuin-en-Ardennes, où périt un fils de Louis le Germanique, affermit sa domination sur les rives de l'Escaut et de la Meuse; il se fortifia dans Nimègue, d'où le roi de Germanie ne put le chasser, bâtit une citadelle à Courtrai, et fonda une nouvelle colonie à Ascaloha (Hasioo, Esloo) , à deux lieues de Maëstrichl.
Tout le territoire compris entre la Meuse et la Somme se trouvant réduit au pouvoir des Normands, ceux de l'Escaut vinrent, sous la conduite de Wermund, brûler Corbie, Amiens, Arras, Térouane; et si, en 881, ils essuyèrent une défaite à Saucourt-en-Vimeu, sous Abbeville, le vainqueur ne retira de ce triomphe qu'une gloire stérile; car Anvers, Gand, et la plus grande partie de la Flandre restèrent aux Barbares.
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L'année suivante, la colonie d' Ascaloha vengea le revers de Saucourt par une terrible invasion dans le royaume de Lorraine. Godfri(.'d, suivi de son frère Siegfried, et de ses lieutenants Ilalf et Gorm, parcourut les bords de la Sambre, de la Meuse et du Rhin , livant au viol, au meurtre, au pillage, à l'incendie les villes de Tongres, Cologne, Bonn, Juliers, Trêves, Metz et Aix-la-Chapelle.
Ce fut alors que la basilique de Charlemagne servit d'écurie aux chevaux des Normands, et que le palais du grand empereur fut réduit à une masure. Le sac d'Aix-la-Chapelle semblait annoncer que l'empire de Charlemagne s'était écroulé parmi ses ruines. Tandis que les seigneurs et les clercs, éperdus , ne songeaient ([u'à la fuite, le peuple prit les armes avec le courage du désespoir, et se fit hacher par les féroces vainqueurs dans les clairières des Ardennes.
Le roi de Germanie , atteint d'une maladie mortelle , ne pouvait défendre ses malheureux sujets; il avait pourtant donné Tordre à ses vassaux de marcher contre les Barhares, mais il expira le 20 janvier 882. Charles le Gros, qui régnait alors, osa se présenter avec une armée devant les murs d'Ascaloha, pour punir tant d'excès; mais, ne pouvant forcer Godfried dans ses retranchemenîs gigantesques, il fut réduit à lui proposer un accommodement qui put sauver en apparence l'honneur de ses armes. Les chefs normands s'engagèrent à recevoir le baptême, et Godfried. obtint à ce prix la donation du duché de Frise.
Mais il ne faut pas croire que ces primitives conversions au Christianisme fussent de véritables conquêtes pour l'Église, ni qu'elles marquassent déjà l'époque d'un prochain acheminementdes Normands à la civilisation. Une anecdote rapportée par le moine de Saint-Gall prouve que ces conversions élaient plus intéressées que sincères. Comme les néophytes barbares savaient que le baptême était une occasion de recevoir des présents, ils se présentèrent en si grand nombre, qu'on n'eut pas le temps de préparer pour tous les robes blanches de fin lin dont l'usage de l'Église était de revêtir les nouveaux chrétiens. H fallut en confectionner à la hâte de plus grossières. Or il arriva qu'un des compagnons de Godfried, à qui l'on présentait une de ces robes de moindre qualité , la jeta au nez du clerc, en s*écriant: «Garde ta casaque pour des bouviers! Voilà, grâce au Ciel, la vingtième fois que je me fais baptiser, et jamais l'on n'avait eu l'insolence de m'offrir un pareil haillon ! »
La Frise manquait de vignes, et il fallait des flots de vin du Rhin pour remplir la coupe de Godfried. Le fier Normand n'avajt qu'à étendre la main pour cueillir toutes les grappes qui mûrissent au bord du grand fleuve. Charles le Gros le savait bien, mais que pouvait-il? A défaut de puissance il fut traître. Il promit à Godfried de lui céder Coblentz et Andernach, deux territoires plantureux dont les fruits lui prodigueront la douce ivresse chère aux hommes du Nord. Mais, dans