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une entrevue qui eut lieu à Hérispich, petite île située au confluent du Rhin et de la Wahl, entre le duc de Frise et le comte Henri de Franconie, le vassal impérial poignarda Godfried, et crut avoir gagné plus qu'une bataille: il ne réussit qu'à perdre Thonneur de son maître avec le sien.
Après la mort de Godfried , les Normands de Louvain se déchaînèrent avec une nouvelle furie. Son frère Siegfried, qui lui avait succédé, vint d'abord ravager les bords de l'Oise, d'où le roi Carloman l'éloigna , moyennant douze mille livres d'argent. L'année suivante, il vint se joindre aux Normands de la Seine, pour faire avec eux , en 885 , le siège de Paris: et lorsqu'après de nombreuses expéditions sur toutes les rivières de la Neustrie , il fut revenu dans la basse Lorraine, l'archevêque de Mayence périt en voulant l'arrêter.
Le roi Arnulfe courut ensuite à sa rencontre à la tête des Franks orientaux, et l'assiégea dans une citadelle que les eaux de la Dyle rendaient presque inaccessible. Malgré ces difficultés, le roi des Franks monta lui-même à l'assaut. Siegfried fut tué ; plusieurs milliers de Danois furent culbutés dans la Dyle, et seize étendards , trophées de cette victoire, annoncèrent à la nation germanique la délivrance de la Lorraine.
Mais les Normands de la Loire et de la Seine étaient réservés à un autre avenir.
Dès le règne de Louis le Pieux , une de ces colonies belliqueuses avait pris position à l'embouchure de la Loire; et quand , après la mort de cet empereur, la turbulence du comte Lambert eut détourné à son profit les forces qui auraient pu repousser l'ennemi commun , on vit les Normands voguer à pleines voiles dans un ileuve qui leur ouvrait le cœur du royaume.
Ils s'étaient établis, vers la fin de 843, dans l'Ile de Her,
dont le nom, changé en celui de Noirmoutier {Nigrum mo^ nasterlum), rappelait l'incendie du couvent de Saint-Philibert. Un peu plus tard, lorsque Nanles fut tombée une première fois en leur pouvoir, ils transportèrent leur principale station dans l'île de Bière, sous saint Florent, où des milliers de cabanes prirent bientôt l'aspect d'une ville. C'est là qu'ils déposaient leurs captifs et leur butin, en attendant l'expédition de retour qi!i devait transporter ces richesses dans leur patrie ; c'est là qu'ils venaient se reposer de leurs fatigues ou se guérir de leurs blessures.
lïorrik , qui avait le premier conduit les Normands dans l'île de lier, prépara les voies à llasting. Celui-ci débuta dans sa carrière de dévastations par une incursion sur les bords de la Somme, bientôt suivie d'une expédition sur la Loire, dont Araboise, incendiée en 838, devait garder longtemps le souvenir*
Ce guerrier, que les chroniques contemporaines nous représentent comme le plus méchant homme qui fut jamais, aurait, s'il fuut en croire les anciens historiens de ces temps malheureux, reçu le jour dans ce môme pays de France dont il fut le fléau. Il avait réuni une des (lottes les plus formidables dont il soit fait mention dans le neuvième siècle. De tous les points de la Scandinavie, des milliers d'aventuriers étaient venus se ranger sous sa bannière, et le grand chef Ragnar-Lodbrog lui avait confié son (ils Biœrn, surnommé Côte de Fer.
Les compagnons d'IIasting côtoyèrent la Loire, guidés par le comte Lambert, qui voulait, pour prix de ce service, ressaisir avec leur secours le gouvernement de Nantes; mais son alliance avec les Barbares ne lui rendit que des ruines sanglantes.
Au milieu de la terreur générale. Tours donna seule un héroïque exemple. Ses habitants s'étaient contiés à la protection de saint Martin, l'illustre fondateur de leur église. Mais, en
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même lemps, fidèles à la devise: « Aide-loi, le ciel t'aidera, » ils avaient aussi pris les armes. Les reliques de saint Martin furent portées avec la croix sur les murailles de la ville, pour servir aux combattants de signe de ralliement et d'espérance. Ne doutant pas que l'àme du saint évoque n'obtînt leur délivrance, ils repoussèrent les assauts des Normands avec un courage digne de la victoire. Peu accoutumés à une résistance aussi énergique, les assaillants se troublent et reculent; les assiégés, persuadés que le Ciel les protège, redoublent d'efforts, et risquent une sortie, en portant au premier rang la châsse de saint Martin ; tout cède, fuit ou succombe devant leur enthousiasme religieux.
Après cette victoire bien digne d'être célébrée, tant elle était rare et consolante pour les Franks, la dévote reconnaissance du peuple de Tours rapporta au bienheureux évêque tout l'honneur du succès. On éleva dans le lieu où s'était arrêté la poursuite des vaincus une église dédiée à saint Martin de la Guerre. Une autre église fut érigée sur la partie des remparts où les reliques avaient été exposées pendant le siège. Le clergé tint un synode dans lequel fut décrétée une fête anniversaire de la délivrance de Tours. Heureuse la France, si, alliant partout la piété au courage, elle avait partout imité l'exem-ple une seule fois donné parles Tourangeaux ! peut-être se serait-elle épargné un siècle de calamités.
Les autres villes de la Loire auraient subi le désastre de Nantes, si le génie d'Hasting ne l'eût entraîné vers des exploits plus périlleux. 11 reparut dans la Loire, à son retour d'Espagne, et, pendant plusieurs années, il s'y rendit funeste, jusqu'à ce que, rêvant des aventures merveilleuses, cet homme de fer voulut tenter les routes inconnues de la Méditerranée. En 860, il passe le détroit de Gibraltar avec cent barques, gagne les côtes d'Italie, et les pille. Jeté au retour dans les eaux du Rhône par une tempête, il ravage la Provence dont il rapporte les dépouilles à Noirmoulier, et reparait sur la Loire.
372 LES HEROS DU CHRISTIANISiME.
On ne se souvenait point d'avoir vu des apparitions si soudaines, si rapides, qu'elles semblaient, comme la foudre, couvrir d'un même éclair les points les plus opposés.
Hasting avait ouï parler de Rome. Sa naïve cupidité en rêvait des merveilles ; il en demandait partout les chemins, et quand il s'était vu en pleine Méditerranée, ce sauvage avait cru découvrir à l'horizon bleuâtre la proie mystérieuse qu'il attendait de ses dieux farouches.
Les vents le poussèrent dans un port qu'il prit pour Rome. L'erreur n'était pas étrange; de hauts remparts flanqués de burs, qui laissaient apercevoir les faites de splendides édifices, et dont la base s'élargissait en amphithéâtre sur les grèves, donnaient à la ville qu'il avait devant lui un aspect imposant et splendide.La blancheur des murailles, sous l'ardent soleil du Midi, semblait projeter dans les eaux des reflets d'argent, et, au loin, la campagne plantureuse s'émaillait de sveltes habitations qui ressemblaient à des perles enchâssées dans une ceinture d'émeraudes.
Est-ce là cette fameuse Rome dont le renom formidable avait porté jusqu'au pôle glacial ses légendes gigantesques? Hasting le guerrier, le héros d'aventure, ploie ses voiles, et fait cingler vers la rive à force de rames.
Les habitants célébraient la fête de Noël , lorsque la nouvelle se répandit que le port se remplissait de cent barques chargées d'hommes d'une race inconnue.
En un clin d'œil, la cathédrale fut déserte, les portes de la ville se fermèrent , et les citoyens prirent les armes; car, en ces temps de guerres incessantes, il fallait être partout sur ses gardes contre toute surprise. 4
Les magistrats de la cité envoyèrent au port des commissaires, pour s'enquérir des intentions de la flottille voyageuse.