‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 176 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

et la mer, avaient été pareillement pillés, incendiés ou mis à rançon.

Plus hardi et plus heureux qu'Osker, le Norwégien Ragnar- Lodbrog, héros fameux dans les traditions Scandinaves, amena, au mois de mars 845, cent vingt barques chargées d'hommes de proie qui pénétrèrent par la Seine, s'arrêtèrent un moment à Rouen pour y renouveler les ravages d'Osker, remontèrent le fleuve jusqu'à Paris, et descendirent, la veille de Pâques, dans l'île de la Cité et dans les faubourgs des deux rives.

Les habitants avaient fui, soit dans les forêts voisines et dans les marais de la Bièvre, soit à Saint-Denis, où était le roi Charles le Chauve avec sa maison et quelques milices. Les Barbares pillèrent, sans rencontrer aucune résistance, la Cité et les grands monastères de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés, où les rois mérovingiens avaient entassé d'immenses richesses.

L'église de Saint-Germain était soutenue par des colonnes de marbre; elle avait des parois peintes de fresques éclatantes, et un pavé en mosaïque de diverses couleurs. Son toit, couvert de cuivre doré, réfléchissait les rayons du soleil, et nul regard n'en pouvait soutenir les reflets éblouissants; les anciennes chroniques, pleines d'admiration pour cette splendeur, appelaient l'église de Saint-Germain-des-Prés, « le palais de Saint- Germain-le-Doré. »

Les tombeaux de Clovis et de sa femme Clotilde furent ruinés par les Barbares qui cherchaient de l'or jusque dans la poussière des morts. Les enfants d'Odin venaient, du fond de la Scandinavie, venger la religion du Nord sur les restes du déserteur de leurs dieux.

Le roi Charles, disent les annales de Saint-Berlin, eut dessein de marcher contre eux; mais voyant que les siens ne pouvaient en aucune façon prévaloir contre la fougue irrésistible des Normands, il pactisa avec eux et leur donna sept mille livres d'argent, afin qu'ils se retirassent; et encore ceux-ci n'acceptèrent-ils ce traité que, parce qu'ils étaient décimés par

une cruelle dyssenterie que les chroniqueurs du temps regardèrent comme le signe de la vengeance des saints.

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Ce traité était une honte pour les Franks. Loin d'obtenir aucune garantie contre les nouveaux ravages de ces féroces Barbares, le peuple était encore forcé, par la lâcheté de ses maîtres, d'acheter à deniers comptants la retraite de l'invasion, et de voir embarquer ses dépouilles par une horde maladive qui ne laissait que la disette sur les champs incendiés.

La misère de ce peuple offrait un spectacle si navrant, que les évèques s'assemblèrent en concile à Meaux, pour chercher quelque moyen de remédier à tant de détresse. Le préambule des actes de ce concile constate l'expression de sa douleur sur des souffrances inouïes et (ï horribles calamités. Le cœur des riches s'était endurci au milieu du malheur universel ; ceux qui avaient encore de l'argent ne consentaient à s'en dessaisir qu'au prix de l'usure la plus effrénée , et ceux qui avaient tout perdu étaient réduits à regretter de n'avoir point péri sous le fer des Normands. Le concile, pour mettre un terme à la rapine des usuriers, proscrivit tout prêt d'argent, sous peine d'excommunication. Mais c'était un remède pire que le mal, et auquel il fallut bientôt renoncer.

Ragnar-Lodbrog et les autres chefs allèrent visiter Charles à Saint-Denis, lui jurèrent par leurs dieux et leurs armes de ne jamais repasser les frontières de son royaume, et se rembarquèrent tranquillement avec leur magnifique butin. Mais ils "violèrent leur promesse presque aussitôt après en avoir reçu le prix. Charles le Chauve, en achetant ainsi la paix, n'avait fait f que leur donner de nouveaux moyens d'activer la guerre, et s'ôler celui de la soutenir. 2*1

Les Normands ravagèrent par le fer et le feu , dans cette retraite, les deux bords de la Seine-Inférieure, puis les côtes du

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