‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 178 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

supplice que ces monstres à face humaine lui firent endurer. On l'abandonna sur les ruines fumantes de son cloître, dans un état pire que la mort. Les vingt-quatre moines qui lui devaient leur salut furent retrouvés par les gens de Tours avec ce martyr de la charité.

L'an 854 touchait de près à ces désastres, et venait encore les étendre.

Tous les chemins étaient couverts de peuple, de moines et de prêtres fugitifs; les reliques des saints, autrefois si redoutées des conquérants Teutons, fuyaient de toutes parts devant les bannières d'Odin. Une contrée ne se reposait du pillage que pour écouter le gémissement de la contrée voisine, sans pouvoir lui porter secours.

Les ravageurs de la Loire, continuant leurs courses dans l'ouest, mirent Blois à feu et à sang; ceux de la Garonne vinrent camper dans Bordeaux désert. Leurs victimes commencèrent cependant à reprendre quelque espoir, lorsqu'on reconnut qu'il n'était pas impossible de les vaincre en les divisant.

Sydrok, qui avait commandé avec Godfried l'invasion de la Seine en 853, vendit son alliance aux Bretons de l'Armorike, et vint assaillir les bandes cantonnées autour de Nantes et dans nie de Bière ; mais les assiégés achetèrent sa retraite, et laissant là ses alliés chrétiens, le Scandinave voulut retourner de la Loire dans la Seine, pour faire jonction avec la ilottille de Biœrn Côte de Fer. Cette fois l'invasion rencontra une vigoureuse résistance, et Charles le Chauve, après tant de revers, obtint enfin un succès ; il fit de ces Barbares un grand carnage dans la forêt du Perche, et crut les avoir anéantis, tandis que les Normands de la Loire se voyaient écraser devant les murs de Poitiers.

Le royaume avait encore plus de force qu'il n'en fallait pour

se débarrasser des brigands qui le désolaient ; mais ses plus dangereux ennemis étaient ses propres enfants, et les discordes politiques étouffèrent bientôt le fruit des avantages qu'on venait de remporter. Les Normands en profitèrent, pour piller Orléans, au mois d'avril 856 ; Tannée d'après, Chartres eut le mêaie sort, et Poitiers surpris paya chèrement, à son tour, par une ruine complète, l'honneur d'avoir donné un héroïque exemple.

Biœrn Côte de Fer, maître de la basse Seine, prit tranquillement ses quartiers d'hiver sur ses rives dévastées , et, au printemps suivant, il affronta Paris sans obstacle. La basiHque de Sainte-Geneviève, déjà pillée en 845, fut réduite en cendres; ce monument de la dévotion de la fameuse reine Clotilde, orné de fresques et de mosaïques au dedans et au dehors, n'était pas inférieur en magnificence à l'église de Saint-Germain-des-Prés. Saint-Germain , cruellement dégradé lors du sac de 845', échappa du moins aux flammes , ainsi que la cathédrale. Les moines de ce monastère et ceux de Saint-Denis rachetèrent leurs vies pour des sommes d'argent considérables ; mais Tile de la Cité et les entrepôts des commerçants de la Seine furent livrés au pillage: « Lutèce, dit un hagiographe du temps, « cette noble capitale resplendissante de gloire , ce trésor des rois, ce port des nations, n'est plus qu'un amas de décombres. »

« La Seine, » écrivait Hildegher, évêque de Meaux, « roule à la mer d'innombrables cadavres chrétiens ; la poussière des os des captifs morts entre les mains des Barbares, blanchit toutes les îles du fleuve. »

Cependant , cette fois, ni jamais, Paris ne tomba tout entier au pouvoir de l'invasion , et, de toutes les villes de la France occidentale, Sens partage seul cette fortune inespérée.

Page 1