‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 180 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

mettaient pas de reprendre la mer pour se retirer dans leur pays, ils se cantonnèrent sur les deux rives et dans tous les petits ports du fleuve, depuis Melun jusqu'à Saint-Maur-des- Fossés.

L'année suivante, ils se jetèrent dans la Marne, envahirent les plaines de la Brie et saccagèrent Meaux. Mais Charles, cette lois, montra quelque énergie; accouru de Sentis, il barra la Marne par un pont de bateaux près de l'île de Tribaldou, occupa les deux rives avec tout* ce qu'il put réunir de gens disposés à combattre, ferma la retraite aux Normands, et, s'il ne put les détruire, il les réduisit du moins à traiter. Tout le butin qu'ils avaient fait fut restitué; ils durent quitter le pays sous une double escorte qui les surveillerait en côtoyant les deux rives de la Marne et de la Seine, et leur chef fut obligé de recevoir le baptême , pour jurer la paix sur les saints Évangiles : vaine formalité qui n'engageait point ces Barbares, habitués qu'ils étaient à trafiquer de la ruse quand la force leur manquait. Une grande partie de leurs bandes s'en allèrent vers la Bretagne , et se mirent au service des seigneurs qui guerroyaient les uns contre les autres. Délivré de leur présence , Charles le Chauve s'occupa d'en prévenir le retour; tous les petits seigneurs riverains de la Seine eurent ordre de se fortifier, et un barrage fut construit au confluent de ce fleuve avec l'Eure et l'AndelIe, auprès de l'ile d'Oissel, qu'il importait de soustraire à une nouvelle occupation.

Cet éclair d'énergie ne pouvait sauver la race de Cliarle- I magne. L'empire d'Occident, ressuscité sous ce grand nom, Jn'était qu'une ombre du passé. Il avait fait violence aux mœurs, Jaux coutumes, à la nationalité des peuples; il avait placé s'Irunitéde la conquête au milieu des Franks, des Bourguignons, «des Lombards , des Germains, des Aquitains, si divers d'ori-

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gines et d'habitudes; il avait fondu dans un même tout de* nations qui avaient besoin de gouvernements appropriés à leur nature. Dès que Charlemagne disparut, il y eut tendance dans chaque peuple à reprendre sa force et sa nationalité. Le Frank voulut avoir son roi, comme le Germain. Les Carlovingiens étaient issus de race germanique, mais c'étaient des hommes énervés; le cri général appelait au commandement la succession de ces chefs que les chroniques du temps appellent les Machabées de la France et qui avaient défendu le peuple contre les Normands. La souveraineté tendait à se formuler dans les familles des Robert le Fort, des Raoul, duc deRourgogne. Que pouvaient être aux yeux de ces familles guerrières ces Carlovingiens que la naïveté populaire abaissait par les surnoms de Débonnaire^ de Chauve , de Bègue ^ de Simple, de Gros, tandis que les comtes franks, valeureux et fiers, recevaient les titres de Fort et de Grandi Comtes, ducs ou rois, qu'importaient les titres à ces hommes de fer?

Charles le Chauve s'éclipsait en 877, ne laissant dans l'histoire qu'une renommée douteuse. Sans les évêques, il n'eût pu se soutenir sur un trône battu par toute sorte d'orages ; et cependant il n'avait pas su comprendre le principe de l'union épiscopale avec l'élément monarchique. Quand les circonstances lui vinrent en aide, ce fut malgré lui-même, car il ne sut jamais rien dominer. Il laissait un fils, Louis le Règue, sans habileté, sans expérience, dépourvu d'autorité et de génies mais qui du moins eut l'instinct de s'appuyer sur le clergé. Sa royauté fut rapide et sans influence ; on était dans un de ces temps de passage où il semble que Dieu laisse défaillir et crouler, une à une, toutes les choses existantes, pour faire place à l'avenir. |

Les seigneurs, manquant de lien, d'unité, et réduits à leurs forces individuelles pour résister à l'envahissement des nouveaux Rarbares, ou aux prétentions des rivalités intestines, profitaient de cette fatale occasion pour créer autour d'eux des cercles de puissance. Paris, qui, sous la race carlovingienne,

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n'avait plus figuré, dans l'empire agrandi par la conquête, que comme une simple province, devint la résidence d'un comte et le chef-lieu du duché de France. Pendant que la décadence usait le trône de Charlemagne , Paris préparait le sien.

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Ce fut vers l'automne de 885 , qu'à travers les agitations incessantes qui bouleversaient le royaume, la Seine reçut dans son lit une nouvelle flotte Scandinave, qui lui apportait, cette fois, non plus le massacre et la destruction , mais une paix prochaine et un ordre de choses plus heureux que ne l'avait fait entrevoir l'époque la plus puissante de la monarchie.

Rolf ou Rad-Holf, plus connu sous le nom populaire de Rollon, fils d'un chef de clan de la Norwége, et condamné au bannissement par le chef suprême de sa nation pour certains actes de violence, s'était jeté, tout jeune encore, dans une bande d'aventuriers qui se souvenait des riches expéditions de Hasling et de Biœrn Côte de Fer. L'ardente imagination de Rolf s'illuminait aux éclairs d'un génie naissant. Il considérait son exil comme une prédestination à de grandes choses, et n'aspirait à rien de moins que la conquête d'un empire. Malgré sa grande jeunesse, il avait déjà semé des prodiges d'audace; «'était son titre au commandement : ce commandement lui fut donné avec enthousiasme.

Une expédition plus nombreuse que toutes celles qui avaient jamais effrayé les Gaules s'organisa dans les plaines du Brabant. ; A l'appel de Rolf, les plus braves rois de mer du Nord accoururent avec leurs champions, et Tarmée des Normands se mit en marche sur deux colonnes, par terre et par eau.

Le rendez-vous général était tixé à Rouen. Rolf, arrivé par terre, y entra sans obstacle , le 25 juillet , et en prit possession. Sa flotte ne le rejoignit qu'au mois de novembre ; mais malgré

la rigueur de la saison, le chef des Normands prit aussitôt la route de Pans.

Charles le Gros, âme lâche, intelligence obtuse, réunissant sous son sceptre débile tout ce qui restait de l'empire de Charlemagne, se querellait avec quelques seigneurs d'Italie et d'Allemagne qui disputaient leur soumission ; la racecarlovingienne touchait à l'excès de sa décadence; Paris semblait ouvert sans défense aux assauts d'un conquérant qui avait pour lui la force et la résolution de gagner un trône.

L'armée envahissante enleva le château de Pontoise , et arriva devant Paris le 25 novembre.

Les abords de l'île qui fut le berceau de Paris n^étaient primitivement fermés que par la Seine ; aucune muraille ne protégeait ses rivages, où l'on abordait des deux côtés par des ponts de bois, selon le témoignage de l'empereur Julien dans son Misopogon. Cène fut guère que vers le cinquième siècle qu'une première enceinte fut érigée, et, au début des invasions normandes, on avait ajouté à ce rempart quelques fortifications militaires.

Les Barbares comptaient plus de trente mille hommes, montés sur sept cents barques peintes qui couvraient une étendue de deux lieues. Cette race audacieuse, qui, en quarante ans, avait pillé trois fois Paris, ne s'attendait à aucune résistance, et croyait pouvoir remonter le fleuve jusqu'à sa source. Elle s'arrêta stupéfaite, en trouvant la ville toute armée , et la Seine barrée par deux ponts de bois, que protégeaient d'énormes tours.

Trois des principaux seigneurs de la Neustrie, Hugues, marquis d'Anjou , Goshn, abbédeSaint-Germain-des-Prés, élu depuis peu évêque de Paris, et Eudes, comte de Paris, s'étaient enfermés dans l'île de la Cité avec tout ce qu'il y avait de gens

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