‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 181 sur 222 · LIVRE HUlTIÈxME · texte numérisé non relu

LIVRE HUlTIÈxME

de cœur dans le pays d'alentour, et ils excitaient les habitants à vaincre ou mourir avec eux. La valeur guerrière renaissait enfin de l'excès du péril et du désespoir. Eudes avait récemment succédé dans le comté de Paris à Conrad, frère de Hugues, marquis d'Anjou; ce jeune tiomme était l'aîné des fils de Robert le Fort, et marchait sur les traces paternelles, ainsi que son frère Robert, qui partagea ses dangers et ses exploits.

En arrivant devant t^aris, Sigfried, qui conduisait l'avantgarde des Normands, demande une entrevue à l'évêque Goslin, pour qu'il lui soit permis de franchir le barrage de la Seine, et de suivre le cours du fleuve au-dessus de la ville.

— «L'empereur Charles, » répond le courageux évêque, «nous a confié Paris, non pour la perte du royaume, mais pour son salut. Si, par hasard, la défense de ces murs avait été remise à ta foi , comme elle Test à la nôtre , ferais-tu ce que tu prétends que je peux t'accorder avec justice?

— « Non, certes! » s'écrie Sigfried, « et si j'en étais capable, que ma tête tombe sous le fer, et soit jetée en pâture aux chiens! Cependant, si tu me refuses le passage, nous viendrons tous les ans saccager ta ville. »

L'héroïque et pieux Goslin ne répliqua rien à cette bravade, mais il montra le ciel au guerrier normand, et rompit brusquement la conférence.

L'attaque commença le lendemain au soleil levant.

Les deux ponts de la Cité étaient où se trouvent maintenant le Pont au Change et le petit pont, et les deux tours principales correspondaient au grand et au petit Cbàlelet.

Les Normands dirigèrent d'abord leurs efforts contre la tour du grand pont ou de la rive septentrionale, parce que cette

tour était encore inachevée. On combattit sur ce pont pendant deux jours, avec une opiniâtreté sans égale. Citoyens, moines et prêtres, *ous prirent glorieusement part à l'action.

L'abbé Ebles, neveu de l'évêque Goslin , rivalisa de vigueur et de courage avec le comte Eudes , et Goslin fut lui-même légèrement blessé d'un javelot.

Les assaillants , voyant qu'il n*y avait pas moyen d'emporter la tour ni la Cité d'un coup de main , convertirent le siège en blocus , assirent leur camp dans le faubourg du nord , autour de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, et ne reprirent les attaques de vive force qu'au bout de quelques semaines.

Tout ce qui subsistait des traditions de la science militaire des Romains fut employé par ces Barbares, dont l'orgueil autant que la cupidité était intéressé à triompher à tout prix. Le moine Abbon, qui a écrit la chronique de ce siège, rapporte qu'ils se servirent du bélier pour battre les murs; cette invention est presque aussi ancienne que celle des remparts , car les hommes sont aussi industrieux pour détruire que pour édifier. Ils fabriquèrent ensuite une tour roulante à trois étages , et la poussèrent contre celle du grand Chàtelet; mais les Parisiens tuèrent à coups de flèches les hommes qui dirigeaient cette machine.

Les Normands s'approchèrent alors de la tour du grand- Pont, les uns sous des mantelets mobiles, couverts de cuirs frais, les autres en faisant la tortue avec leurs boucliers disposés en voûte au-dessus de leurs têtes. Ils assaillirent à la fois le pont par eau , la tour par terre; ils s'efforcèrent de combler le fossé de la tour, en y jetant pêle-mêle des mottes de terre, des arbres, des cadavres d'animaux, et enfin jusqu'aux corps de leurs prisonniers, qu'ils égorgèrent à la vue des assiégés. Ils ébranlèrent la tour avec trois béliers, tandis qu'ils cherchaient à écarter les Parisiens par une grêle de traits et de balles de plomb lancées avec des frondes. Ils poussèrent enfin trois de leurs barques, remplies d'arbres enflammés, contre les piles du pont.

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