‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 188 sur 222 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

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Malgré le scandale de cette scène, l'affaire fut achevée, et Rolf repartit pour Rouen, où il consentit à recevoir le baptême.

Robert, duc de France, y conduisit Ghizèle, fille à peine nubile, que la politique immolait à la terreur.

Le brûleur de tant de monastèreo et d'églises, montra tout à coup la docilité d'un enfant dès qu'il fut entre les mains de Tarchevêque Francon , chargé de le catéchiser. Par le conseil de ce prélat, il fit, pendant les sept jours qu'il garda la robe blanche de néophyte, de grandes donations aux églises, pour expier les ravages de sa race. Le premier jour, il dota Notre- Dame de Rouen ; le second , Notre-Dame de Rayeux ; le troisième, Notre-Dame d'Évreux; le quatrième, Saint-Michel sur la Mer; le cinquième, Saint-Pierre et Saint-Ouen dans le faubourg de Rouen ; le sixième, Saint-Pierre de Jumiéges; et enfin, le septième jour, l'abbaye de Saint-Denis.

La plupart de ses compagnons embrassèrent comme lui le Christianisme; mais les Scandinaves établis autour de Rayeux et de Coutances restèrent encore, pendant plus d'un siècle, fidèles au culte d'Odin.

Le premier duc de Normandie divisa en lots les terres désertes de sa province, et le sort fit la part de chacun de ses compagnons. Les Normands, transformés en propriétaires, invitèrent à venir cultiver leurs champs les colons fugitifs qui les avaient naguère abandonnés, et comme la Normandie, couverte des fortes races du Nord, offrait déjà plus de sécurité qu'aucune autre partie du royaume, la population, qui des bords de l'Océan s'était amassée vers le centre de la France, rentra, pour ainsi dire, dans son lit. Reaucoup de serfs des régions voisines du domaine de Rolf désertèrent la glèbe à laquelle ils vivaient attachés, pour venir jouir de la liberté qui

leur était promise, et il se forma dans le duché ""normand une classe nombreuse de paysans, libres comme les terres rendues par eux à la culture.

Au bout de peu d'années, dit la chronique de Tabbaye de Fontenelle , la Normandie fut la province la plus riche et la plus populeuse de France. Rolf se concilia l'affection des gens de toute race et de tous métiers, et fit un seul peuple de tant d'hommes de nations diverses. Il releva les églises ruinées, répara et augmentâtes fortifications des villes, subjuguâtes Bretons, et sustenta toute sa seigneurie avec les denrées enlevées de la Bretagne. Ses vassaux se cantonnèrent dans leurs terres, où ils bâtissaient des châteaux et des églises, autour desquels se groupèrent les habitations des colons. Ces cliefs-lieux d'exploitation agricole sont aujourd'hui des bourgs et même des villes, qui conservent encore'dans leurs noms le souvenir de leurs fondateurs et la trace de leur origine.

Lorsque les traditions du paganisme Scandinave, lorsque les inimitiés nationales eurent cédé au temps et à la puissance de l'habitude, les Normands renchérirent sur leurs voisins de France, et les prêtres acquirent un grand empire sur les enfants de ces Barbares qui les avaient poursuivis avec tant de fureur. C'est par là que ce peuple nouveau entra dans les voies delà civilisation. Alors commencèrent à s'élever ces nombreux et magnifiques monuments d'architecture religieuse, qui, debout ou couchés à terre, font encore de la Normandie le sol classique du moyen âge. Les monastères qui sortirent de leurs ruines au onzième siècle, Fontenelle, Jumiéges, et une foule d'autres, reprirent en sous-œuvre le défrichement des déserts et la culture des esprits.

Les véritables dominations sont celles qui savent faire des lois. J^eur puissance est stable ; les autres sont des torrents qui

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