LIVRE SIXIÈME
La nature elle-même sembla s'entendre avec ce grand destructeur pour signaler sa mise en marche. Le 26 janvier 447 , sur les neuf heures du matin, on entendit à Constantiuople un de ces bruits souterrains qui annoncent les convulsions du globe. Tous les habitants abandonnèrent en un moment les maisons et les églises. Les plus tremblants trouvèrent leur salut dajis la fuite et se répandirent dans les campagnes voisines. L'instant d'après, toute la ville retentit d'un horrible fracas; cinquante-sept tours s'écroulaient ; les plus splendides édifices, monument de la magnificence des empereurs, s'affaissaient en décombres au milieu d'un nuage de poussière. Toutes les rues, toutes les places n'offraient plus qu'un chaos de débris, sépulcre abîmé sur des masses d'infortunes.
A la même heure, la même catastrophe abattait une partie d'Antioche. La Bithynie, l'Hellespont, les deux Phrygies subirent les mêmes malheurs ; les courants sous-marins en éten^ dirent la secousse jusqu'à Alexandrie. La terre changea de face en plusieurs endroits ; on vit des sources tarir ; d'autres jaillirent dans des lieux voués à une perpétuelle sécheresse ; des montagnes disparurent, des abîmes se creusèrent dans les plaines. La Méditerranée fut bouleversée comme le continent; ses flots soulevés jusqu'au ciel et retombant en déluge engloutirent des îles entières ; ailleurs, elle sembla fuir ses rivages, eu laissant des vaisseaux à sec parmi les grèves.
Cette crise dura plusieurs jours, avec des intermittences remplies par l'épouvante. L'ignorance des lois physiques qui gouvernent les éléments faisait croire à une prochaine dissolution de l'univers. L'empereur Théodose, entouré d'une foule éperdue, contemplait sans abri ce funèbre spectacle ; tous les cœurs priaient avec angoisse en invoquant sans espoir la clémence des Cieux.
Quand ce désastre eut fait halte, les Huns enjambèrent la frontière de Théodose, et un messager de leur chef vint lui dire : « Attila , mon maître et le tien , t'ordonne de lui préparer un palais !»
36 LES HÉROS DU CHRISTiANlSMiL.
L'anneau d*Honoria signait cette sommation. Sept cent mille hommes, rangés en bataille depuis le golfe Adriatique jusqu'à la mer Noire, attendaient la réponse.
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Trois batailles furent offertes par Théodose. Trois défaites amenèrent les Huns devant Constantinople.
« Homme fort , » signifie Attila au \aincu , « je ne prendrai pas ton diadème, il est trop léger ; mais je prendrai ton or qui fait la joie des braves. Pcse-m'en six mille livres, et, chaque année, tu m'en compteras autant. J'ai une foule de captifs romains ; je te les rendrai généreusement : tu paieras douze pièces d'or pour chacun, si tu les veux entiers; sinon, je ne rendrai que leurs tètes; mes compagnons leur mangeront le cœur. Pour arrhes du marché conclu , j'accepte la tille romaine qui m'a envoyé son anneau ; il y aura place pour elle dans le chariot de mes femmes. »
Quelque insultantes que fussent ces conditions, il fallait les subir ; l'Empire n'avait pas même la ressource de pouvoir mourir avant son heure. Les richesses du prince et celles des particuliers étaient épuisées par la restauration de Constantinople et des autres villes, à peine sorties de leurs décombres. De plus , les Huns n'étaient pas les seuls Barbares dont on achetait la paix par des tributs. Pour solder Attila, il fallut soumettre à un impôt forcé tous les sujets de l'Orient, sans égard aux dignités ni aux privilèges. On vit des familles, longtemps opulentes, réduites à la misère par les agents du fisc, qui profitèrent de la détresse publique pour y glaner leur propre fortune.
Une seule ville résista et aux édits de Tempereur et aux menaces des Huns. C'est Asémonte, sur la frontière illyrienne. Au milieu de l'humiliation générale, ses habitants, décidés à s'ensevelir sous les ruines de leurs remparts, vengèrent Thon-