LIVRE SIXIÈME
neur de l'Empire en partageant ses malheurs. AUila les fît investir; ignorant l'art des sièges, il voulait les affamer. Mais cette poignée de désespérés fît des prodiges d'héroïsme. Sortant à chaque instant de leurs murs, les Asémontiens assaillaient les Huns, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, avec une telle furie, qu'à chaque escarmouche ils en faisaient carnage.
Attila, irrité de ces échecs, menaça Théodose de recommencer la guerre et de mettre l'Empire au pillage si la ville d'Asémonte n'était pa^ livrée à sa vengeance. Cette terrible nouvelle fut portée aux assiégés par deux commissaires impériaux qui leur offrirent d'aller implorer pour eux la clémence du Barbare. — *< Allez lui dire , » s'écrièrent les braves d'Asémonte, « que quand notre dernier glaive sera brisé à force de frapper, nous déterrerons les ossements de nos pères, pour nous en faire des armes!... »
L'histoire offre peu de traits aussi sublimes. Attila l'apprit d'un captif. Frappé d'admiration , il s'écria : « Je n'ai vu de braves devant moi que sur les murs d'Asémonte! Quand j'aurai besoin d'empereurs pour en faire mes lieutenants, j'irai les prendre parmi eux ! »
Asémonte eût une paix glorieuse : Attila voulut qu'elle fût exempte de l'impôt des vaincus.
A l'approche de la nouvelle invasion, l'Occident s'appuyait sur l'épée d'Aëtius. Placidie s'y confiait en redoutant ses pièges; Valentinien, par impuissance.
L'Italie et les Gaules souffraient tellement de la disette qu'on voyait des pères vendre leurs enfants aux Vandales d'Afrique, pour en obtenir du blé.
Attila ne se pressait point d'agir. Accroupi sur l'Orient, il achevait d'en soutirer les ressources par des demandes inces-
santés, que Théodose n*osait ni ne pouvait repousse4\ La paix des Huns était aussi désastreuse que la guerre.
Dans cet empire mourant, dont la gloire fuyait les funérailles, Tépée, trop lourde pour des mains d'eunuques, se rapetissait aux proportions du poignard. Le favori Chrysaphe proposa de faire assassiner Attila, et Théodose n'eut pas honte de devoir à une perfidie la chute de l'ennemi qu'il n'osait pas rejoindre luimême sur le champ de bataille. En cherchant l'assassin parmi les Huns, il croyait racheter la bassesse du complot.
Or, voilà qu'arrivèrent à Gonstantinople deux nouveaux ambassadeurs d'Attila : l'un d'eux, de race hunnique, se nommait Édécon; l'autre, Oreste, né Romain, d'obscur captif était devenu le secrétaire du conquérant qui ne savait pas écrire.
Édécon remit à Théodose une lettre de son maître qui réclamait la cession, en toute propriété, du sol que couvraient ses camps. Un autre Romain, nommé Vigile, qui lui servait d'interprète, ajouta qu'il serait fait droit par les armes aux exigences d'Attila, et sa langue ne se dessécha point sur ses lèvres.
Théodose ne répondit point. L'élève de Pulchérie, tombé sous la tutelle politique de Chrysaphe, ne pensait plus que par cet eunuque.
Édécon, renvoyé à Chrysaphe, contemplait en se retirant les magniticences du palais augustal : « Quelle belle cage, » s'écriat-il , « pour un oiseau muet ! »
11 s'extasiait encore sur le luxe romain, quand le favori de Théodose vint au-devant de lui.
Vigile était l'interprète nécessaire de la conférence périlleuse qu'allait risquer Chrysaphe. «Achetons deux hommes au lieu d'un, i> se dit l'eunuque suprême.
« Où as-tu appris la langue des Huns? » dit-il à Vigile.
— « Dans la captivité, » répondit le Romain.
— « Et si je te rachetais des mains d'Attila, que ferais-tu?
— « Je retournerais à mon ancienne indigence.
— a Ta chaîne est dorée, » reprit Chrysaphe; « mais si, avec lahberlé, je te donnais encore la fortune?...