‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 190 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

APPARITIOIV DE L'ISLAM

Tandis que Tempire de Charlemagne se démembrait, et que les inondations des Normands désolaient l'Occident, l'empire de Constantinople subsistait comme un grand arbre, vigoureux encore, mais dépouillé de quelques racines, et assailli de tous côtés par la tempête.

Cet empire n'avait plus rien en Afrique; la Syrie et une partie de l'Asie Mineure lui étaient enlevées. Il défendait, contre les assauts des Barbares, ses frontières vers l'orient de la mer Noire; et, tantôt vaincu, tantôt vainqueur, il aurait pu au moins se fortifier contre eux par un usage continuel de la guerre. Mais du côté du Danube, et vers le bord occidental de l'empire, d'autres ennemis le ravageaient. Une nation de Scythes, nommée les Abares, et les Bulgares, autre branche de Scythes dont la Bulgarie a gardé le nom , dévastaient tous ces beaux climats de la Romanie où Adrien et Trajan avaient autrefois construit de si belles villes et d'immenses voies romaines, dont il ne subsiste plus que quelques chaussées. Les Abares surtout, répandus dans la Hongrie et dans l'Autriche,

se jetaient tantôt sur l'empire d*Orient, tantôt sur celui de Cliarlemagne. Ainsi des frontières de la Perse à celles de France, la terre était en proie à des incursions presque continuelles.

Si les frontières de l'empire byzantin étaient toujours resserrées et toujours désolées, la capitale était Je théâtre des révolutions et des crimes.

Un mélange de l'artifice des Grecs et de la férocité des Thraces formait le caractère qui régnait à la cour. En etîet, quel spectacle offre Constantinople du cinquième au neuvième siècles?

Vous avez vu Zenon le Thrace, monté au trône par le meurtre du légitime héritier, déshonorer le pouvoir par sa lâcheté, et abandonner Rome et l'Italie aux Hérules d'Odoacre. Le régne des Hérules dura peu. Les Ostrogoths vinrent à leur tour dépecer le cadavre romain, et Zenon s'avilit jusqu'à reconnaître leur droit d'invasion. Pouvait-on, au reste, attendre autre chose d'un Barbare? Une mort affreuse fut le terme du mépris qu'il avait inspiré à tout ce qui l'entourait. Tombé dans une sorte de léthargie à la suite d'un excès de table, il fut porté vivant dans la tombe, par l'ordre de sa propre femme.

Justinien, son troisième successeur, après deux régnes également dégradés, reconquit l'Afrique et Rome par l'épée de Bélisaire, l'Italie par le génie de Narsès.

Bélisaire, soldat illustre, qui eût mérité le trône d'Occident, moissonna des disgrâces pour prix de ses services; il mourut aveugle et mendiant.

Narsès, eunuque de palais, dont l'âme était restée virile, survécut à Justinien, pour noyer sa gloire dans l'égout des tr'ahisons. Devenu odieux à l'Italie par quinze ans de rapines etfrénées, et frappé d'une tardive destitution, il appela les Lombards et leur livra le pouvoir qu'il venait d'avilir.

Justinien, qui s'était servi de Bélisaire et de Narsès pour gagner des batailles, avait choisi Tribonien pour rendre à l'empire une législation forte et durable. Tribonien était la

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