LIVRE NEUVrÈME. M
vivante encyclopédie de toutes les sciences de son siècle Chargé de codifier toutes les lois des empereurs, il en fit un recueil enrichi de commentaires, qui est parvenu jusqu'à nous. Mais ce monument des institutions romaines ne pouvait prendre base au milieu d'un empire dont tous les éléments se dissolvaient; la corruption des mœurs était trop profonde pour soutenir le poids d'une réforme.
Au delà de Justinien tout se précipite. On ne voit plus que des princes rivaux de vices, assassinés par des complots de palais, ou s'entr'égorgeant l'un par l'autre. Les armées grecques, pâles copies des légions latines, traînent la pourpre à l'encan des révoltes et se font les sicaires de cliaque révolution.
Maurice et ses cinq enfants sont massacrés par Phocas, qui périt assassiné à son tour pour prix de ses meurtres et de ses incestes ;
Constantin est empoisonné par l'impératrice Martine, à qui on arrache la langue, tandis qu'on coupe le nez à Héracléonas, son lîls;
Constant tue son frère, et, à son tour, ses domestiques l'assomment dans un bain ;
Constantin Pogonat fait crever les yeux à ses deux frères;
Justinien II , son fils , prêt à renouveler dans Constant inople le massacre de ïhessalonique ordonné par le grand Théodose, est surpris, mutilé, enchaîné par Léonce, au moment qu'il allait faire égorger les principaux citoyens;
Léonce est bientôt traité lui-même comme il avait traité Justinien II;
Ce même Justinien rétabli, fait couler sous ses yeux, dans la place publique, le sang de ses ennemis, et périt enfin de la main du bourreau ;
Philippe Bardanes, détrôné, est condamné à perdre les yeux par la brûlure d'un fer chaud;
Léon risaurien et Constantin Copronynie, meurent à la vérité, dans leur lit, mais après un règne sanguinaire, aussi malheureux pour le prince que pour les sujets ;
^impératrice Irène, la première femme qui monta seule sur le trône des Césars, est la première mère qui fit périr son fils pour régner; mais ses propres complices deviennent les vengeurs de son crime; enlevée du trône et jetée dans l'île de Lesbos, elle y expire de rage et de misère après un an d'agonie;
Nicéphon. son successeur, détesté de ses sujets, tombeaux mains des Bulgares; on le décapite, et de son cadavre, livré en pâture aux bétes, le crâne seul est conservé pour servir de coupe à son vainqueur ;
Enfin, Michel Curopalale, contemporain de Charlemagne, confiné dans un cloître, mourut moins cruellement, mais plus honteusement que ses prédécesseurs;...
C'est ainsi que l'empire est gouverné pendant trois cents ans.
Au milieu de ces désastres politiques, le Christianisme déchiré par des hérésies sans cesse renaissantes, n'avait pas de pire ennemi que les empereurs chrétiens.
Par une singulière tolérance des conquérants lombards , ces princes de la décadence avaient obtenu de conserver un pied à terre en Italie. Rome et Ravenne, avec le territoire de la Pouille, demeuraient annexés au Bas-Empire: Rome, capitale du monde chrétien : Ravenne, tombeau du monde romain. Un commissaire, envoyé de Constantinople avec le titre d'exarque, personnifiait dans Ravenne le spectre des Césars. Il y avait à Rome un préfet, une ombre de sénat, un semblant de liberté municipale, et beaucoup de misère. Le pape saint Grégoire, unique défenseur du siège apostolique , fut le grand mission-