LIVRE NEUVlflME
naire des Lombards; mais pour les amener à la Foi, il fallait adoucir leurs mœurs, et jamais conquérants ne s'élaient montrés plus durs aux vaincus. Les camps barbares s'étendaient jusqu'au Tibre, et chaque jour éclairait de nouvelles dévastations que l'exarque, enfermé dans Ravenne, ne pouvait ni contenir, ni réparer.
Du fond de cette espèce de captivité, la puissance pontificale ne cessait cependant. point de rayonner sur le monde. Elle assemblait des conciles pour condamner les hérésies jusque dans la personne des empereurs, et, quoique dépourvue de toute force temporelle pour assurer ses décrets, elle imposait aux peuples le respect que lui refusaient les princes. Je vous ai exposé ailleurs les bases du droit divin qui constituait au sein de l'Église de Rome cette souveraineté morale que le temps et les révolutions n'ont pu diminuer. Il faut que je vous montre encore au prix de quelles épreuves la papauté se maintenait au sommet du Christianisme, pour éclairer et gouverner la marche des siècles.
Depuis que les empereurs s'étaient annihilés devant les Barbares, la cour d'Orient, déchue des splendeurs de l'épée, n'offrait plus au monde qu'une école disputeuse où toutes les hérésies capables de déligurer le dogme et la tradition des apôtres, obtenaient droit d'asile et se couvraient de la pourpre. C'est ainsi qu'après l'arianisme, on avait vu surgi" Pelage, Nestorius, Eutychès, les Monothélites, et une foule de ramifications de ces erreurs principales, qui fomentaient la guerre civile dans les esprits, pour retourner par le fanatisme à la persécution. Entourés d'intrigues et de basses fktteries par des prélats corrompus, les pâles successeurs du grand Théodose sacrifiaient le salut de l'empire à des arguties religieuses aussi stériles que sacrilèges. Envahisseurs du domaine des con-
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sciences^ ils ripostaient aux conciles de Rome par des édits contraires, et frappés du blâme de l'Église orthodoxe, ils en appelaient tour à tour à la violence ou à la perfidie.
Le pape Martin avait assemblé en 650, dans la basilique de Latran, cent cinq évêques, dont la sentence frappa la tète de l'hérésie dans la personne du patriarche de Constantinople.
Constant 11 se déclara le protecteur du patriarche excommunié, et ne pouvant triompher de la fermeté du pape, imagina de le faire assassiner. Plusieurs tentatives ayant échoué, il eut recours à l'arme la plus sûre des pouvoirs oppresseurs , en accusant Martin de conspirer contre l'empire et d'entretenir de coupables intelligences avec les Barbares. Ordre fut donc donné à l'exarque de Ravenne de s'emparer du pontife et de le faire transférer à Constantinople , pour rendre compte de son prétendu complot devant les officiers de la haute justice impériale.
L'infortuné pontife pressentit le sort que lui réservaient ses ennemis. Il n'avait qu'un mot à dire pour soulever le peuple, et pas un cheveu de sa tète ne serait tombé; il pouvait fuir la persécution et chercher un asile assuré parmi les Barbares convertis; mais le premier de ces partis blessait son héroïque abnégation, et le second eût peut-être compromis la majesté du souverain sacerdoce. Aux murmures du peuple il imposa silence; aux prières de son clergé, qui le suppliait de se mettre en lieu de sûreté, il répondait par l'exemple des martyrs.
Les envoyés de l'empereur, et, à leur tète, l'exarque Théodore Calliopas, s'étant présentés avec des soldats pour exécuter leur mandat, trouvèrent le pape alité, malade depuis longtemps, et résigné à tout. On ne savait comment le saisir dans ce pitoyable état, sans provoquer une indignation générale. Calliopas ayant donné lecture des ordres de Constant, formulés