LIVRE NEUVIÈME
dans un style plein d'outrages, tout le clergé se récria contre ce sacrilège attentat du pouvoir temporel à l'inviolabilité du chef de l'Église.
L'anathème s'éleva d'une comnnune voix entre les persécuteurs et la victime.
Calliopas recula devant la majesté de cette protestation.
« L'obéissance n'est pas due au violateur du sanctuaire, » disaient les prêtres; « nous ne livrerons pas au tyran le père des fidèles ! . . . Arrière Jes séides de l'impie ! . . . »
Cette scène était pleine de terreur. D'un côté une horde de soldats farouches, de l'autre une poignée de clercs désarmés allaient s'arracher un vénérable vieillard; ceux-ci pour le sauver malgré lui , ceux-là pour en faire un martyr.
Autour de la basilique de Latran s'agitait une foule immense, prête à défendre ou à venger son pasteur.
« Vous le voyez, » dit le pape à Calliopas, « si les hommes se taisaient pour attester mon innocence, les pierres ellesmêmes parleraient pour lui rendre témoignage. Vous ne croyez pas plus que moi à la sincérité des accusations qui me poursuivent; mon seul tort, aux yeux de votre maître, c'est ma résistance aux troubles qu'il s'efforce de susciter dans l'Église. Cette résistance fait partie de mes devoirs et je la maintiendrai ; mais je suis le disciple d'un maître qui ordonne aussi de rendre à César ce qui appartient à César. Prenez donc ma personne, et faites-en ce que vous voudrez. Je me livre à vous de ma pleine et libre volonté. Si votre mission est de me conduire devant l'empereur, permettez à quelques prêtres, que je désignerai, de m'accompagner en toute sûreté; si vous avez le dessein de m'ôter la vie, j'irai seul avec vous, mais ne me frappez point dans l'enceinte de Rome, afin d'éviter une collision que je prévois et des malheurs irréparables,
VT
L'exarque sentait bien le péril de sa situation; mais il était de race grecque, habituée à la fourberie. «Mes ordres, » dit-il au pontife, « sont de vous conduire à Gonstantinople avec les égards dus à votre rang, en prenant seulement les précautions nécessaires pour que force appartienne aux volontés de l'empereur. Dès cette heure, jusqu'à celle de votre embarquement, vous devez avoir mon palais pour prison ; les soldats qui m'entourent vous garderont à vue, sans manquer au respect que vous doivent des chrétiens, et les personnes qui voudront vous suivre n'ont à redouter ni obstacles, ni mauvais traitements.»
Plusieurs évoques étaient présents : « Nous suivrons tous le souverain pontife!» s'écrièrent-ils, «quelque soit son sort, noire place est auprès de sa personne sacrée!...
— «Mes frères,» dit le pape, « que la volonté de Dieu s'accomplisse sur la terre comme au ciel! En allant de Rome à Constantinople, je me rapproche du Calvaire; à chaque pas, mon courage s'appuiera sur la croix. Mais il n'est pas convenable que tous les pasleurs s'éloignent à la fois du troupeau ; je ne veux emmener qu'un ou deux prêtres, pour être les témoins de ma foi et les contidents de mes dernières pensées. Si le Seigneur a marqué mon jour suprême, ils rapporteront au milieu de vous ma mémoire : elle vous sera chère et vous la défendrez »
Les portes de la basilique s'ouvrirent. Martin sortit au-devant du peuple, soutenu par les évêques à cause de sa grande faiblesse. Tous les fronts s'inclinèrent devant cette solennité du malheur; mais ces fronts se relevèrent devant l'exarque et l'orage gronda dans une seconde clameur.
« Mes enfants , » dit le pape avec effort, « gardez la paix de Jésus-Christ! Toutes les choses de ce monde sont dans la main de l'Éternel, et il ne tombe pas une plume de l'aile d'un pas-