‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 198 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

A côté de cette persécution germait, sous le titre de réforme religieuse, une doctrine qui tendait à renverser le Christianisme en supprimant, comme une idolâtrie, toute représentation des scènes del'liistoire sacrée. Oubliant que la peinture et la sculpture sont des livres qui parlent aux yeux du peuple illettré, un certain Xénaïas, évêque intrus d'Hiéraple, fit arracher de son église les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des martyrs.

L'empereur Léon l'isaurien s'empara de cette nouveauté. Les Césars avilis de Constantinople, si iaipuissants devant les Barbares et si corrompus dans leurs palais, ne savaient plus régner qu'au profit des eunuques ou des intrigants.

Le patriai'che saint Germain essaya d'éclairer l'intelligence de Léon. « Quelle démence, ou plutôt quelle perfidie pouvait accuser les chrétiens de rendre aux images un culte idolàtrique ? Dieu lui-même a dit dans l'Ancien Testament : « Vous ne ferez aucune image pour l'adorer ; » et ce précepte est facile à comprendre, car la nature divine ne peut être figurée par aucun ouvrage de main d'homme. Mais puisque le Verbe divin a daigné s'unir à notre chair pour opérer la rédemption du monde, pourquoi nous serait-il interdit de reproduire, d'après la tradition, les traits de son humanité sacrée, pour rappeler cette incarnation? Nous faisons de même pour l'image de la sainte Vierge, mère du Sauveur, afin de remémorer qu'étant femme et de même nature que nous, elle a conçu et enfanté le Tout- Puissant. Nous admirons aussi et nous estimons bienheureux les apôtres, les prophètes et tous les autres saints qui ont été vrais serviteurs de Dieu, éprouvés parleurs bonnes œuvres, par la prédication de la vérité , par la patience dans les souffrances. Nous ne prétendons pas qu'ils participent à la nature divine; nous ne leur rendons pas les hommages dus à Dieu

seul, mais, par le respect a\ec lequel nous gardons ces effigies vénérables, nous témoignons notre foi et nous la ravivons dans le cœur de nos frères , parce qu'étant composés de matière et d'esprit, nous avons besoin de frapper les sens, qui sont comme les portes de l'àme.

« Quand donc, » poursuit le saint patriarche, «quand nous adorons l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous n'adorons pas les couleurs appliquées sur du bois , mais bien le Dieu invisible qui est dans le sein du Père que nous adorons en esprit et en vérité. De plus, depuis que les persécutions de Rome païenne ont cessé, l'Église a tenu plusieurs conciles universels , qui ont fait des canons sur des sujets bien moins graves que le respect des images. Cependant ces conciles n'auraient pas dû laisser celui-ci sans examen , s'il était vrai , comme on le prétend, qu'il nous conduit à l'idolâtrie. Si ce respect n'a jamais été condamné par les lumières de l'Église, c'est qu'il est évident, pour les chrétiens de bonne foi, que nous ne rendons aucun culte aux images, mais que ces images sont seulement à nos yeux des symboles qui nous rappellent à la contemplation spirituelle de l'essence invisible.»

La question se dégageait ainsi de toute subtilité ; mais l'esprit disputeur des Grecs ne se contentait jauiais des simples solutions. La passion d'argumenter pour et contre, fille turbulente des grandes écoles d'Alexandrie, n'avait rien perdu de son âpreté en se faisant chrétienne. Elle enfantait des hérésies dans la science religieuse , comme elle avait engendré les mille sectes de la philosophie antique. Le génie de la langue grecque se prêtait à des joutes d'éloquence qui entraînaient sans cesse dans le cirque d'un ardent examen les mystères de Dieu , de .'homme et de la pensée. L'imagination demandait compte de out à la foi , et en s' efforçant de franchir les limites de la rêvé-

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