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lation , elle s'élançait du fond de ses rêves à l'assaut des vérités les plus inaccessibles.
Le clergé grec n'avait plus d'Athanase ni de Chrysostome à opposer à ce débordement des esprits; et plus occupé de sa fortune que de la garde des traditions, il dépensait en intrigues autour des empereurs rinfluence qu'il avait acquise depuis les jours de Constantin. Le siège patriarcal de Constantinople, objet de toutes les ambitions, enviait la suprématie de la chaire de saint Pierre, et la- rareté des saints parmi les prélats qui l'occupaient tour à tour livrait la chrétienté d'Orient à toutes les fluctuations du schisme et de l'erreur.
Léon risaurien, qui de fils d'un cordonnier s'était vu élever à la pourpre par un caprice soldatesque , mettait sa brutale ignorance au service de toutes les intrigues. Des astrologues juifs, soudoyés par des évêques hérétiques qui voulaient rompre avec Rome, lui persuadèrent que la stabilité de son pouvoir était attachée à la destruction des images religieuses. Un tremblement de terre venait d'épouvanter les rives de l'Archipel; ils lui firent croire que ce phénomène était un signe de la colère du ciel, soulevée par l'idolâtrique adoration du crucifix. Léon les crut malgré les remontrances de saint Germain. Un édit ne coûtait qu'un trait de plume; il le signa. Saint Germain fut chassé de Conslantinople, et des soldats furent envoyés de tous côtés pour briser à coups de hache statues, peintures sur bois, sculptures et reliquaires.
L'exécution commença par un christ colossal qui s'élevait à l'entrée du palais impérial. Un écuyer de Léon, nommé Jovin, monta sur une échelle et mutila de trois coups la figure sacrée. Quelques pauvres femmes du peuple l'avaient supplié avec larmes de ne point commettre cette profanation. V^oyant que leurs prières étaient vaines, elles se ruèrent sur l'échelle, ren-
versèrent Jovin et le mirent en pièces. Cette terrible protestation fut punie du dernier supplice. La colère de Tlsaurien ne s'arrêta pas à broyer les résistances violentes ; elle déchaîna ses espions contre les murmures secrets ; la délation multiplia les victimes, et comme Constantinople était peuplée de gens venus de tous pays, les fugitifs portèrent à Rome, en Gaule, en Afrique, et jusque chez les Barbares du Nord, la nouvelle de cette persécution.
L'Occident chrétien refusait d'y croire , lorsque l'édit fut apporté à Rome et à Ravenne par des commissaires impériaux. Le pape Grégoire H le déchira : né Romain, ce courageux pontife sentait couler dans ses veines le vieux sang des maîtres du monde.
Le peuple chassa les commissaires. Léon les remplaça par trois sicaires chargés de tuer le pape; l'exarque de Ravenne se fit leur complice. Mais le piège tendu à Grégoire fut découvert; les meurtriers ne purent échapper à la vengeance publique, et Rome en armes défia l'empereur homicide.
Au milieu de ce trouble arriva une autre nouvelle non moins sinistre. Léon venait d'incendier la magnifique bibliothèque de Constantinople, et les trente mille précieux manuscrits qu'elle renfermait avaient servi de 'jûcher aux conservateurs de ce dépôt des sciences humaines. Cet acte de vandalisme révélait un fou furieux. « A bas l'empereur! » cria Rome; « à bas les statues du briseur de croix et du brûleur de livres! »
Les statues furent mises en pièces, et leurs débris traînés à Ravenne.
L'exarque Paul, et Exhilarat, duc de Campanie, accoururent pour étoutfer dans le sang ce qu'ils appelaient une émeute, et se trouvèrent en face d'une révolution.
Aveuglés par l'orgueil oriental, ils voulurent parler en maîtres : ils furent hués. On en vint aux mains : ils furent massacrés.
Grégoire II, déplorant ces malheurs, mêlait ses larmes au sang versé, et s'offrait en hostie pacifique aux combattants
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exaspérés. Il mourut de chagrin , sans avoir vu la fin de ces bouleversements.
Le pontife qui lui succéda, en 751, sous le même nom, reprit son œuvre de résistance, et data son avènement par une lettre apostolique dont la fermeté majestueuse présage déjà l'immensité du rôle que la papauté va bientôt remplir au sommet de l'univers.
« Seigneur, » dit Grégoire IIT à Léon l'Isaurien, «j'ai lu dans les archives de Saint-Pierre, l'épître impériale par laquelle, à l'exemple de vos prédécesseurs, vous confessiez notre sainte foi en montant sur le trône, et déclariez digne d'anathème quiconque ose attenter aux pouvoirs de l'Église de Jésus-Christ.
« Cette épître, signée de votre main avec le cinabre, et scellée de votre sceau , jurait fidélité aux traditions des Pères et à la doctrine des conciles qui , depuis la première assemblée de Nicée, ont réglé par l'inspiration du Saint-Esprit tout ce qu'il est ordonné de croire et de pratiquer, pour parvenir au salut éternel. Cette épître , dépôt de vos serments, est aujourd'hui le témoin de vos parjures.^
« Qui donc a pu vous obliger de regarder en arrière, et de descendre aux abîmes, au lieu de vous élever vers le Ciel?
« Vous dites que les images du Sauveur, de sa sainte Mère, des bienheureux apôtres études martyrs sont des monuments d'idolâtrie, et vous ordonnez de les détruire.
« Avant de décréter cette scandaleuse impiété, née de l'aveuglement, ou de la démence, ou des entrailles d'une perversité sans modèle, il était de votre devoir de consulter des hommes recommandables par leur vertu et par la science des choses du Ciel. Ces hommes qu'un cœur droit vous eût fait rechercher, vous auraient enseigné pourquoi ^ au temps de
Moïse, Dieu lui-même a défendu d'adorer les ouvrages des hommes.
« Les Pères, nos maîtres, et les six conciles universels nous ont laissé l'inviolable dépôt des traditions, et vous repoussez, de par votre despotisme, leur vénérable témoignage. Nous sommes donc obligé, de par la charge d'âmes que nous avons reçue de Dieu , de vous écrire sans ménagement, parce que vous êtes ignorant et grossier ; mais nos paroles contiennent l'esprit de vérité. Nous vous conjurons de quitter votre présomption, et de nous écouter humblement.
« Dieu a défendu au peuple hébreu l'adoration des ouvrages humains, parce que ce peuple choisi marchait à la conquête d'une terre couverte d'idolâtres, voués au culte des créatures les plus immondes et qui disaient : « Voilà nos dieux, il n'y en a point d'autres. » Mais, en même temps que Dieu, par son précepte, voulait préserver ce peuple de la contagion idolàtrique, sa providence traçait les règles et les symboles du culte véritable. Les tables de la Loi, gravées par Moïse sur le Sinaï, l'Arche d'alliance et les chérubins qui la couvraient de leurs ailes, n'étaient-ils point des ouvrages de main d'homme?
«Dans les derniers temps, ce même Dieu unique, tout-puissant, éternel, invisible et infini, a envoyé des cieux son fils éternel comme lui. Ce fils s'est incarné dans le sein d'une vierge prédestinée, il a paru à Jérusalem, il a habité parmi nous. Dieu et homme tout ensemble, et a prouvé sa divinité par des actes qui se révélaient à nos sens. Ceux qui l'avaient vu, l'ont peint comme ils l'avaient vu. On a peint de même la vierge immaculée et saint Jacques, parent de Notre-Seigneur Jésus- Christ selon la chair ; on a peint saint Etienne et les autres martyrs.
« Ces images s'étant multipliées dans le monde, à mesure que la foi s'y étendait, les chrétiens se sont accoutumés à leur rendre, non le culte d'adoration qui n'appartient qu'à Dieu, mais un hommage de révérence qui s'adresse aux personnes qu'elles représentent.
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«Pourquoi ne figurons-nous pas, dans nos églises, Je Père éternel du Christ sauveur? C'est parce qu'il est impossible de peindrel'essenceinvisible; mais nous représentons le Christ parce qu'il a uni notre nature à la sienne pour communiquer avec nous.
« Votre édit prétend que nous adorons des statues, des murailles peintes, des planches chargées de couleurs. Étes-vous donc incapable de comprendre que nous nous servons de la sculpture et de la peinture pour élever notre esprit à la méditation en attachant nos regards sur des scènes ou des portraits qui perpétuent des traditions authentiques?
« Si nous prions devant une image du divin Rédempteur, nous élevons par la contemplation de cette œuvre nos cœurs à celui dont elle retrace la mémoire, et nous disons : Seigneur Jésus, Verbe éternel du Tout-Puissant, secourez-nous, sauveznous, pauvres pécheurs qui ne cessons d'offenser votre majesté infinie!...
« Si nous sommes devant l'image de la bienheureuse Vierge Marie, notre aspiration vers le ciel où elle repose dans la gloire s'exprime autrement: Arche sainte de la nouvelle alliance, disons-nous. Vierge sans tache que Dieu forma pour être le temple vivant du Saint-Esprit, mère immaculée du fils de l'Éternel, intercédez pour nous!...
« Si nos yeux rencontrent le tableau du supplice de saint Etienne, lapidé par les Juifs déicides, nous savons que cet illustre disciple, ayant donné sa vie pour sa foi, est en possession d'une couronne impérissable, parce que le Sauveur luimême a daigné dire : Celui qui m'aura rendu témoignage devant les hommes, je le reconnaîtrai, moi aussi , devant mon père qui est dans les cieux,
« Et alors, élevant les soupirs de notre âme vers l'éternelle patrie des élus, nous nous écrions: Bienheureux Etienne, qui avez ouvert la route glorieuse où se sont élancées tant de légions de martyrs, priez le Seigneur pour vos frères de la terre ; obtenez-nous de la divine bonlé la grâce de vivre saintement et de triompher comme vous de la persécution ! . . .
«Est-ce là, seigneur, de l'idolâlrie?... je vous adjure de répondre avec bonne foi. »
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VoHà pour le dogme. Grégoire III le précise en termes qui ne laissent place à aucune équivoque: il est disciple d'un maître qui ne veut pas qu'on mette la lumière sous le boisseau.
Mais ce n'est pas tout. Léon l'ïsaurien n'est pas seulement un chrétien ignorant ou aveugle ; c'est un pouvoir persécuteur qui a versé le sang des justes, et qui menace encore. Après la leçon du docteur, voici le châtiment pontifical.
« Nous aurions pu, » continue le pape, « comme dépositaire de la puissance de saint Pierre, prononcer contre vous des peines canoniques. Mais puisque vous-même avez bravé la malédiction qui s'attache au sacrilège, que cette malédiction vous demeure attachée.
« Mieux vaudrait que Ton vous nommât hérétique, que briseur des images qui retracent à notre piété les vérités de l'Évangile.
« Au lieu de chasser ignominieusement de son siège le vénérable évêque Germain, vous auriez dû le consulter comme votre père. Ce vieillard de quatre-vingt-quinze ans, dont le Seigneur glorifiera les souffrances, vous eût appris que la décision des choses religieuses n'appartient pas aux empereurs, mais aux évêques. De même que les évêques, préposés par leur ordination au gouvernement des éghses, n'interviennent point dans les affaires publiques, les empereurs doivent, comme les derniers d'entre le peuple, s'abstenir des affaires ecclésiastiques et se borner aux détails qui leur sont confiés.
« Vous espérez justifier vos actes en leur donnant le sceau d'un concile. Mais oii sont les évêques qui oseraient vous excuser sans se sentir prévaricateurs?... Et supposez un moment que ce concile soit assemblé : à quel titre paraîtriez-vous dans son