LIVRE NEUVIÈME
sein ? Peut-on voir en vous autre chose qu'un chrétien révolté contre les traditions de tous les conciles passés ? Vous raisonnez en Barbare, et vous agissez en bourreau. Les scandales et les meurtres de Constantinople ont indigné l'Occident. L'Église était en paix, et vous l'avez remplie du bruit de vos fureurs ; votre existence fût-elle d'un siècle, vous n'auriez pas assez de larmes pour laver les sanctuaires que vous avez profanés. Et vous parlez de concile !... ah! le concile qui vous attend , se composera de tous les martyrs qui déposeront contre vous au tribunal de Dieu !
« Vous croyez nous épouvanter en disant : « J'enverrai à Rome, briser l'image de saint Pierre; j'en ferai enlever le pape Grégoire, chargé de chaînes , comme Constant fit enlever le pape Martin!... »
« Eh bien , sachez , seigneur, que les papes sont les médiateurs et les arbitres de la paix entre l'Orient et l'Occident. Sachez que Dieu mesure, comme il lui plaît, la carrière des tyrans. Appuyé sur le tombeau des Apôtres, j'attends sans crainte l'effet de vos menaces. Vous passez sur la terre, mais de quelque côté que vous alliez, il faudra toujours arriver devant Dieu : soit que je vous précède, soit que vous me suiviez, nous nous y retrouverons. »
Cette lettre magnifique fut portée à Constantinople par un prêtre nommé Georges.
L'empereur fit déporter en Sicile le messager du pape, et par son ordre on l'abreuva d'angoisses.
Indigné de cette lâcheté, Grégoire ITI assembla un concile dans la basilique de Saint-Pierre. Quatre-vingt-treize évoques d'Occident y prononcèrent un anathème solennel contre quiconque par actions, par parole ou même par pensée, attenterait à la vénération due aux saintes images. Cette courageuse
décision fut accueillie avec enthousiasme clans toute l'Italie. Des souscriptions spontanées produisirent presque aussitôt des sommes considérables qui furent distribuées aux artistes, par ordre du pape, afin d'imprimer une activité nouvelle au travail d'ornementation des églises. Un légat fut envoyé à l'empereur, pour lui signifier les décrets du concile de Rome , et le sommer d'obéir.
Le légat se vit traité comme l'avait été le prêtre Georges.
Une flotte mit à la voile pour aller saccager Rome , si Rome refusait de lui livrer le pape ; mais cette expédition fit naufrage dans les eaux de l'Adriatique.
Léon , exaspéré , ordonna la saisie des revenus de l'Église romaine sur toutes les terres de son obéissance.
« Grâces lui soient rendues, » dit le pape ; « en nous délivrant des biens périssables de ce monde , il nous rend plus facile l'imitation de la pauvreté du Sauveur!»
Le briseur d'images mourut excommunié, laissant à son fils Constantin Copronyme l'héritage de ses fureurs. Ce nouvel empereur, plagiaire de Néron , inonda son règne du sang des cathohques; il jouait de la lyre, en costume d'histrion, pendant les tortures des martyrs.
Grégoire III ne pouvait opposer à ce monstre que les anathèmes de l'Église. Il mourut au milieu de la tempête qui ravageait la chrétienté, et cette tempête devait durer cent vingt ans.
L'Orient, sous la tyrannie de Copronyme, contenait trois cent trente-huit évêques hérétiques, qui se formèrent en concile, pour anathématiser à leur tour la doctrine de l'Église romaine touchant les images. Cette forfaiture du pouvoir reli- ; gieux , consacrant l'asservissement des consciences aux usurpations du pouvoir temporel, est le symptôme le plus hideux des époques de décadence. Je ne vous retracerai pas toutes les