‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 3 sur 222 · LIVRE SIXIÈiME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈiME

des préfets qu'une maiii ferme ne contenait pas, ne savait ni modérer ses entraînements, ni vivre en paix avec les évêques, ni concilier l'esprit des lois avec les fluctuations de l'esprit public. Il en résulta des catastrophes, dont les historiens païens ou hérétiques rejetèrent la responsabihté sur l'Église avec une haine passionnée.

Saint Cyrille occupait, en 415 , le siège d'Alexandrie. Neveu et successeur du patriarche Théophile , qui , sous le règne du grand Théodose, avait pris d'assaut , après un siège de plusieurs jours, le fameux temple de Sérapis, saint Cyrille s'illustrait du titre de confesseur de la Foi. Courageux adversaire de l'hérésie, mais cédant peut-être aux emportements d'un caractère aigri par la persécution, il gouvernait la province d'Egypte avec une rigidité qui l'enveloppa d'ennemis. Imitateur de saint Jean Chrysostome, il tonnait dans Alexandrie contre les spectacles avec le zèle inflexible dont le grand patriarche de Constantinople avait été victime. Alexandrie était, de temps immémorial, la plus turbulente cité de l'Empire. Les Juifs y pullulaient, et ne laissaient échapper aucune occasion de provoquer les chrétiens; les deux partis prirent querelle un jour au théâtre, pendant la lecture d'un édit du préfet d'Egypte.

Les Juifs ayant aperçu dans la foule un maître d'école chrétien, nommé Hiérax, que saint Cyrille honorait de témoignages publics d'eshme et d'amitié, s'écrièrent que ce confident du patriarche les excitait à fronder l'autorité du préfet. Hiérax fut aussitôt saisi par les licteurs , et soumis à la torture avec tant de violence qu'il expira. Saint Cyrille, informé de ce malheur, fît appeler devant lui les plus notables des Juifs et les menaça de la juvjlice impériale. Cette remontrance si légitime ne fit qu'exaspérer la race israélile. Le soir, une populace immonde attaqua les chrétiens dans les rues ^ et en massacra un grand nombre.

Saint Cyrille ne pouvant plus contenir son indignation, se mit le lendemain à la tète de son troupeau mutilé, et marcha contre les synagogues des Juifs pour les renverser. Il y eut une

affreuse mêlée; mais la victoire resta aux chrétiens, et leurs ennemis furent expulsés de la ville.

Celte scène était déplorable, mais elle avait été trop cruellement provoquée. Elle se termina par un acte de cruauté qui fait frémir, et dont il importe de nommer l'odieux auteur, pour effacer toutes les calomnies historiques qui l'ont imputée à saint Cyrille.

n y avait alors, dans Alexandrie, une jeune femme d'une rare beauté; fille du géomètre Théon, elle se nommait Hypatia, et on la surnommait le Philosophe.

Plus savante que tous les docteurs de l'école païenne, elle avait acquis une immense renommée par ses commentaires publics sur Aristote et Platon. On accourait de tout l'Empire pour la voir et l'entendre. L'histoire lui rend ce témoignage , que mariée elle vécut toujours vierge, et qu'en s'affranchissant des habitudes de son sexe, jusqu'à porter le manteau d'homme, elle conserva sans tache la couronne de sa pudeur.

Entourée de l'admiration générale, et l'imposant au respect de tous, Hypatia devait se croire à l'abri du sort épouvantable qui allait briser en elle beauté, jeunesse et génie. Elle sortait de la maison de son père vers les derniers moments de la lutte entre les chrétiens et les Juifs. Un misérable, nommé Pierre , lecteur de l'église d'Alexandrie, que suivait une troupe aveuglée par la fureur du combat , rencontra cette infortunée. Hypatia était païenne : c'était son malheur, ce fut son crime aux yeux de ces hommes féroces. Ils se jetèrent sur elle, la traînèrent dans l'éghse nommée Cœsarium, et là, sans respect pour le lieu saint, pour les droits sacrés de la pudeur, pour l'humanité même qui défendait cet horrible sacrifice, ils la mirent toute nue, lui déchiquetèrent le corps avec des coquilles Iran-

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chantes, puis, s'étant partagé ses membres palpitants, ils allèrent les brûler sur la place Cinaron !.. .

Je n'ai pu couvrir d'un voile cette tragédie lamentable dont les acteurs étaient chrétiens. J'avais le devoir de défendre la mémoire d'un grand évèque contre les accusations de l'ignorance et les viles attaques des faussaires de l'Histoire.

La catastrophe d'Hypatia retentit de Constantinople à Rome. Pulchérie lui donna des pleurs, mais Théodose n'eut pas la force de la venger.

Le monde qui supportait do tels crimes avait besoin d'un déluge pour laver ses souillures.

Voici venir le grand exécuteur des justices divines, Attila, le fléau de Dieu.

Quand l'épée d'Attila sera brisée, vous verrez Genséric, le pirate vandale.

Quand Genséric tombera de lassitude et de vieillesse, Rome, enfantée par Romulus, élevée par Auguste au sommet de l'univers, abdiquera l'empire du monde entre la prison de Romulus-Augustule, son dernier empereur, et le trône sauvage du Hérule Odoacre, salué roi d'Italie par les pères de l'Avenir,

Sur le cadavre d'Ataulfe , les Goths d'Espagne avaient élevé Sigéric , le plus terrible d'entre eux.

Sigéric massacra tout ce qui survivait de la famille d'Ataulfe, traita sa veuve Placidie comme une captive, et la força de marcher enchaînée devant son cheval, pendant la cérémonie barbare qui proclama son avènement. »

Ses compagnons ne purent supporter le joug dont il les accablait; un coup de hache termina sa tyrannie au bout de sept jours.

Vallia, son successeur, avait l'âme héroïque et le cœur gé-

néreux. «Nous manquons de tout sur un soi dévasté, » écrivit-il à Honorius; « envoie moi du blé, et je rendrai ta sœur Placidie, la bien-aimée d'Ataulfe, aux députés qui m'apporteront ton alliance. L'Espagne est couverte de bandes ravageuses; c'est un pays ruiné si l'on n'y met ordre : j'en puis faire un royaume ami de ta puissance. Si tu es sage, traitons ensemble. »

D'un autre côté, chose étrange, incroyable, si elle n'était attestée par Orose, contemporain du fait, les chefs des Alains, des Vandales et des Suèves qui rongeaient l'Espagne comme une curée de liôtes fauves , réduits à la famine par le gaspillage des fruits de la terre, députèrent de leur côté à Honorius. « Nous n'avons pas laissé un arbre debout,» lui disaient-ils, « ni une moisson sur pied; quand nous aurons mangé nos chevaux, il faudra nous dévorer nous-mêmes. Traite avec nous, donne-nous du blé, et pour prix de ce service, quand notre faim sera assouvie , nous combattrons les uns contre les autres; nous nous exterminerons à ton profit. Quel beau jour pour ton empire, que celui qui verra nos ossements poudroyer sur les plaines en friche ! . . . »

Honorius accepta les propositions de Vallia, et ne répondit point aux autres Barbares.

Vallia tint sa promesse. Placidie fut reconduite à Ravenne avec de grands honneurs, etlesGoths, profitant de la discorde des races qui leur disputaient l'Espagne, les détruisirent en moins de deux années.

Appuyé sur ses nouveaux alliés, Honorius respira un moment. Les Gaules, fatiguées de servir de théâtre à des usurpa- ;tions qui n'aboutissaient qu*à les faire changer de tyrans, se rangèrent dans le devoir et obtinrent une amnistie générale.

Attale, cet empereur de hasard, qu'Alaric prenait et remettait dans la tourbe de ses valets, n'avait plus de rôle à jouer depuis la paix des Goths avec les Romains. Méprisé des Barbares qu'il avait suivis en Espagne, menacé des vengeances d'Honorius qui Texceptait seul du pardon accordé à ses en-

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