LIVRE NEUVIÈME
atrocités qui furent légiférées par cette assemblée sacrilège ; vous pourrez les résumer toutes dans un seul exemple.
Saint Etienne du Mont -Auxence, né à Conslantinople en 714, n'avait encore que quinze ans, lorsqu'éclata la persécution de Léon l'Isaurien. Forcés de fuir pour éviter l'apostasie ou la mort, ses parents lui avaient donné pour asile le monastère du Mont-Auxence, peu distant de Chalcédoine.
Cette solitude ne pouvait attirer la visite des briseurs d'images; elle n'offrait rien à leurs dévastations. Les pauvres moines qui l'iiabitaient ne possédaient que des cellules de feuillage, disséminées çà et là sur la montagne. Les uns copiaient des livres, les autres fabriquaient des fdets de pêche. Trop pauvres pour édifier une église, ils se réunissaient, pour prier, autour d'une simple croix de bois, et n'avaient pour autel que la pierre de leur désert.
Le jeune Etienne était donc en sûreté. Ses frères en Dieu le virent grandir en sagesse comme en âge ; ils s'accoutumèrent à le vénérer dès sa jeunesse comme une touchante copie de ces grâces virginales dont Jean, le disciple bien -aimé, fut le modèle et l'apôtre.
Avant la fin du règne de Léon l'Isaurien , le moine Etienne était devenu l'abbé de Mont-Auxence, et Mont-Auxence, du fond de son évangélique pauvreté, étendait au loin sur l'empire d'Orient la renommée de ses saints et le rayonnement de ses vertus.
Malgré sa promotion au gouvernement du monastère, l'abbé Etienne n'avait rien diminué de ses austérités. La communauté gagnait chaque jour de nouveaux membres, les uns amenés par le dégoût du siècle, les autres par la proscription des briseurs d'images. Quand ils paraissaient devant l'abbé pour lui demander la robe monastique, ils s'effrayaient de le voir couvert d'une peau de brebis qui cachait mal un terrible cihce. Etienne se cuirassait d'une chaîne de fer liée en croix sur le dos et la poitrine; cette chaîne s'attachait par le haut à un cercle de fer rivé sous les aisselles, et par le bas à une ceinture
de même métal, dont les aspérités limaient sa chair à chaque mouvement.
Sa cellule n'était qu'un trou sans toiture, creusé dans le roc au sommet de la montagne; les ardeurs de l'été, comme les glaces de l'hiver, la pluie, le vent, la neige, l'y retrouvaient à chaque saison, priant ou travaillant de ses mains.
Plus d'un novice reculait devant un maître si dur pour luimême; et alors l'abbé lui disait, avec un angélique sourire : « Entrez sans crainte , il y a ici des régimes à la portée de toutes les forces. Le Bon Pasteur mesure le vent à la toison de ses agneaux ; si vous êtes faible, je ferai pénitence pour deux.»
Ainsi vivaient les solitaires du Mont-Auxence , lorsque Constantin Copronyme ordonna de faire souscrire par toutes les églises et les monastères de l'empire les décrets de son concile iconoclaste.
« Prenez garde à l'abbé Etienne, » lui dirent les évêques hérétiques; « c'est une tète inflexible, et s'il se range du côté du pape, sa résistance mettra tout en feu.
— « C'est justement par cet abbé Etienne, » répondit l'empereur, «que je veux faire commencer l'obéissance. »
— « Vous en ferez un martyr pour les Latins!
— « Ou le généra) de nos briseurs d'images, » s'écria Copronyme.
Le patrice Galliste, un des esprits les plus madrés de la cour, fut envoyé au Mont-Auxence. «Avec un panier de figues, deux ou trois révérences, et la perspective d'un évêché, » disait Calliste, o je mènerai l'abbé Etienne au bout du monde
— « S'il ne vous met pas à la porte , » lui glissa sournoisement à l'oreille l'évêque Théodose d'Éphèse, président du concile hérésiarque.