LIVRE NEUVIÈME. 44J
XXIT
Le patrice était embarrassé. « Je ne connais rien aux affaires de l'Église, » pensait-il, « et je viens de faire fausse route en voulant marcher droit ; comment revenir sur mes pas?... »
L'humilité d'Étienrte le tira tout à coup de sa perplexité. «Mon Dieu,» dit l'abbé du IMont-Auxence, en levant ses mains vers le ciel, « pardonnez-moi ma surprise devant les actes de votre providence. Qui suis-je donc, pour mériter d'être averti, dans ce désert, des grandes ctioses que vous faites pour le bien de l'Église !
« Je le tiens, » se dit Calliste; « mais il n'y a pas de temps à perdre. — Père , » reprit-il à haute voix , « plusieurs évêques du concile ont entretenu l'empereur de vos éminentes vertus, et, si je connais bien les intentions de mon glorieux maître, sa piété vous destine un siège épiscopal voisin du trône, afin de pouvoir souvent s'éclairer de vos conseils. C'est pour vous prier en même temps d'accéder à ce désir impérial , que le concile m'a donné mission de vous apporter ses canons à souscrire.
— <(. Que béni soit celui qui vient au nom de la sainte Église,» répondit l'abbé. « Je vous prie , à mon tour, de supplier l'empereur de me laisser à ma solitude. Je ne suis point fait pour gouverner les affaires de ce monde, et c'est déjà bien malgré moi que je porte la charge d'un monastère dont le dernier frère vaut mieux que moi devant Dieu. Quant à souscrire les canons du concile, je suis prêta montrer mon obéissance. »
Il prit alors des mains du patrice le volume qui contenait les actes du concile, le déroula, et en fit une lecture attentive.
Pendant cette lecture, aucun mouvement de ses traits ne décela ce qui se passait dans son esprit. Quand il eut achevé, il replia le volume, et le rendit à Calliste avec cette seule parole : « Je ne signe point. »
Calliste fut conslerné. « Père , » s*écria-t-il , « songez-vous à ce que Yous dites?
— «Je dis, » reprit l'abbé Etienne, «que vous avez voulu me tromper, à moins que vous ne soyez le plus ignorant des hommes. Je dis que votre prétendu concile universel n'est qu'une assemblée de Judas. Je dis qu'il y a un canon de l'Église qui défend de régler en concile les affaires ecclésiastiques sans le concours et la sanction du pape , chef de l'Église. Je dis que votre concile renverse toutes les traditions, et détruit toutes les lois faites par les six conciles universels, dont le premier s'ouvrit à Nicée en présence du grand Constantin. Je vois dans les actes de votre concile l'absolution d'un évêque accusé par les fidèles d'avoir foulé aux pieds l'image de Notre-Seigneur Jésus- Christ , et j'y vois les accusateurs de cet évêque excommuniés comme idolâtres. J'y vois le titre de saints refusé aux apôtres, aux martyrs et aux autres justes qui ont confessé la Foi et rempli le monde de leurs vertus. Devant toutes ces choses, je me recueille en Dieu et, du fond de ma conscience, je refuse obéissance à voîre concile profanateur, et à l'empereur qui l'a créé ou qui le soutient, car voici ma profession de foi et je suis prêt à la signer de mon sang : « Quiconque n'adore pas Notre-Seigneur Jésus-Christ renfermé dans son image selon l'Humanité, qu'il soit anathème!...»
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A la nouvelle de cette protestation , l'empereur devint furieux. Une troupe de soldats fut envoyée au Mont-Auxence, avec ordre d'incendier les cellules, de disperser les solitaires, et de traîner l'abbé Etienne dans un monastère de Chrysopolis, dont les religieux, voués à l'hérésie des briseurs d'images, devaient devenir les bourreaux du confesseur de la Foi.
La privation de nourriture fut le commencement de son martyre. Après dix-sept jours d'inanition , les persécuteurs le