‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 204 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

croyaient vaincu. Cinq évêques iconoclastes, Théodose d'Éphèse, Constantin de Nicomédie, Constantin deNacolie, Sisinius Pastyle et Basile Tricacube, se joignirent au patrice Cal- Jiste, pour aller tenter le saint dans son cachot.

L'éveque Théodose porlait la parole.

« Serviteur de Dieu, » dit-il à Etienne, « nous savons que vous êtes un homme vertueux et de mœurs irréprochables. Aussi nous voyez-vous profondément affligés de la disgrâce où vous êtes tombé. Ne perdez pas le fruit de vos vertus en vous livrant à une orgueilleuse obstination. Croyez-vous donc en savoir plus que les évêques de l'empire, touchant les matières de foi?... »

Etienne était couché, les fers aux pieds, dans une cellule souterraine, sur une poignée de paille fangeuse.

« Obéissez au concile, » dit le patrice Calliste, « et je vous amènerai en triomphe à Constantinople. L'empereur est navré de votre révolte, mais il est prêt à vous ouvrir ses bras. Ne contristez pas l'Église d'Orient qui vous honore, et dont vous pouvez être une colonne lumineuse; n'égarez point le peuple qui a les yeux sur vous, en l'excitant contre ses pasteurs par le scandale de votre exemple.

— « Persistez-vous , » répondit Tabbé du Mont-Auxence , « à détruire les images du Sauveur, de sa sainte Mère et des martyrs?

— « Nous ne sommes point ici pour discuter, » reprirent les évêques avec un peu d'impatience, » mais pour prendre acte de votre soumission.

— « Je me déclare, » répéta Etienne, « soumis à l'Église en la personne de son chef, le pontife de Rome. Est-ce là aussi votre profession de foi?...

— « Ce n'est point répondre! » s'écria Théodose d'Éphèse. « Quel rapport existe entre l'éveque de Rome et les décisions du concile que nous signifions à votre obéissance?

— « Vous venez de formuler vous-même votre condamnation, » dit l'abbé du Mont-Auxence. « Votre concile sans pape

est une assemblée de morts qm' protestent contre la vie éternelle. Je n*ai plus rien à vous demander, et je ne veux plus vous répondre!... »

XXTV

Une heure après, le saint confesseur fut tiré de sa prison par une troupe de soldats. Comme il pouvait à peine se soutenir, on l'attacha sur un âne, et ses gardiens le traînèrent ainsi dans un autre exil. Arrivé au désert de Proconèse, il fut abandonné sur les grèves de la mer, sans vêtements, sans abri, sans nourriture. On le croyait sacrifié, mais Dieu qui le réservait à un dernier combat, ne permit point qu'il mourût avant d'avoir condamné face à face l'empereur persécuteur.

Proconèse était un lieu de déportation lointain, où végétaient, clair-semées, d'autres victimes de la tyrannie de Copronyme. Ces malheureux erraient comme des spectres sur les plages solitaires, gardés d'un côté par la mer infranchissable, de Tautre par un cordon de soldats qui leur fermaient les chemins de la fuite. L'apparition d'un nouveau compagnon de misère fut comme un baume à leurs souffrances; ils le recueillirent dans le sein de leur dénùment, et lui prodiguèrent ces soins stériles qui voilent à demi les miracles de la Providence. L'abbé Etienne se ranima et guérit contre toute espérance.

Les moines du Mont-Auxence ayant découvert sa retraite, vinrent l'y retrouver, l'un après l'autre, comme des pèlerins qui retrouvent leur patrie. Les grottes marines se changèrent en cellules, et les échos de la prière, emportés dans le murmure des vagues, allèrent semer au loin le nom de la nouvelle Thébaide.

Constantin Copronyme apprit un jour que l'île de Proconèse était un foyer de prodiges. Les aveugles venaient y recouvrer la lumière; les paralytiques y marchaient, et la mort elle-même

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