‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 205 sur 222 · LIVRE NEUVlftlME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVlftlME

y désertait sa proie, au nom de Jésus-Christ et à la voix de saint Etienne. Le tyran seul ne fut pas vaincu.

Comme du Mont-Auxence on l'avait traîné à Chrysopolis, et de Chrysopolis à Proconèse, l'abbé Etienne fut ramené un jour à Constantinople.

Comme Tibère à Caprée, l'empereur Copronyme avait à Constantinople une maison de supplices, discrètement sculptée sous les mosaïques de la salle des festins. Il y descendait au dessert, avec l'appétit du meurtre; il en remontait insatiable.

Etienne fut jeté dans ces limbes, pour y attendre les caprices du bourreau.

Trois cent quarante-deux prêtres ou moines, tous coupables de la même protestation contre les sacrilèges du concile iconoclaste, gisaient dans cette tombe vivante, comme les débris d'un champ de bataille. Aux uns on avait coupé le nez, aux autres crevé les yeux ou scié les poignets. De temps en temps, les sicaires impériaux venaient y chercher une apostasie; ils n'y trouvaient que des agonies qui imploraient le coup de grâce en confessant leur foi.

Chaque jour voyait arriver de nouvelles victimes, qui apportaient d'affreux récits de la persécution. Ce n'était, de tous côtés, que clercs mutilés ou jetés à l'eau dans un sac de cuir; églises changées en écuries ou en fabriques d'armes; monastères incendiés, reliques saintes jetées à la voirie. Les gouverneurs des villes éloignées rivalisaient de fureur, pour se faire remarquer de l'empereur et s'avancer dans ses bonnes grâces. Tout ce que 1? «iépravation de l'esprit peut imaginer de cruel s'unissait au ^ervilisme le plus abject. Les supplices multipliés n'avaient pa^ même le sinistre éclat des hécatombes chrétiennes que l'antique Rome offrait à ses dieux ; le Bas-Empire

avait hérité de Tart du meurtre , mais il en avait désappris la grandeur.

La présence d'Etienne au milieu des infortunés qui peuplaient la catacombe impériale, fut comme une bénédiction suprême qui les fortifiait pour souffrir. Tous le nommaient leur père, et s'enveloppaient de sa charité pour persévérer dans l'espérance du triomphe en gardant pur le dépôt de la foi. Ces soldats du Christ, couverts de glorieuses cicatrices, oubliaient l'horreur du sort qui les décimait d'heure en heure, pour s'élever par la puissance de l'àme vers les régions divines qui gardaient leur couronne.

Après onze mois d'étouffement, pendant lesquels il avait vu passer et béni une légion de martyrs, le saint abbé du Mont- Auxence eut la révélation de sa prochaine délivrance. « Béni soit Dieu, » dit-il à ses compagnons, « je partirai d'ici demain pour un voyage éternel dans les splendeurs de l'infini; mon corps est lourd comme un manteau de plomb que j'ai hâte de laisser tomber; et il me semble que mon âme arrive sur mes lèvres pour s'envoler comme l'oiseau de passage qui s'est un moment posé sur une ruine. »

Constantin Copronyme ne l'avait pas oublié; mais il voulait user son courage en le rendant témoin de toutes les tortures dont la prison du palais était l'infernal théâtre. N'était-ce pas un spectacle au-dessus de toutes les forces du cœur, que de voir, chaque jour, des bourreaux venir marquer une proie dans cet abattoir d'hommes, l'étendre sur un chevalet, lui crever un œil, ou lui trancher un membre, et la rejeter sanglante sur la Htière boueuse des captifs, en disant aux autres : « A demain! »

Voilà ce qu'avait vu l'abbé Etienne pendant onze mois. Que de fois, dans sa généreuse indignation, il s'était jeté entre les

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