‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 206 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME. Wî · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. Wî

victimes et les ouvriers de la mort, en s'écriant : « Prenez-moi, déchirez-moi fibre à fibre, mais ne m'obligez plus de contempler les souffrances de mes frères!... »

Et ces équarisseurs de chair humaine lui demandaient son nom : <c*Ah! c'est donc toi que l'on nomme l'abbé Etienne? Eh bien , sois tranquille, nous te gardons pour la fin, et lu ne perdras rien pour attendre. »

Cette fin arriva le 28 novembre 767

L'empereur, entouré de courtisans , jouait de la lyre au milieu d'une orgie en l'honneur de Bacchus ; car ce briseur d'images chrétiennes se vautrait au pied des idoles pour copier les Césars du vieil empire. Dans le délire de la débauche il se souvint de l'abbé Etienne, et, apprenant qu'il vivait encore, il ordonna de le livrer à une troupe d'hommes ivres , pour l'immoler à leur frénésie, puis il monta lui-même, tout chancelant, sur la terrasse de son palais, pour assister à cette expédition de dogues enragés.

Le saint, agenouillé, priait, dans l'attente de sa dernière heure.

Une auréole céleste, signe miraculeux des victoires sacrées, formait un diadème autour de son front, et semait dans le crépuscule de la prison impériale des grappes d'étincelles diamantées.

Les mutilés de Jésus-Christ se soulevaient autour de lui pour contempler en silence le doux éclat de ses traits transfigurés par l'extase.

De temps en temps, le saint murmurait quelques paroles prophétiques, traduction mystérieuse des choses futures qui se dessinaient pour lui dans une vision intérieure.

Et ces paroles annonçaient le châtiment de Constantiuople ,

comme les paroles des anciens martyrs avaient annoncé celui de Rome.

« La fin vient, la fin se hâte, » disait le saint. « Fille de Babylone, tu as surpassé ta mère en impiété. Tu as violé le sanctuaire du Seigneur : mais tu seras en opprobre et en blasphème, en exemple et en stupeur pour toutes les nations qui t'environnent, lorsque l'Éternel vengeur aura accompli sur toi ses jugements.

« Ta fin Yient, ta fin se hâte, » dit le Tout- Puissant. «J'enverrai contre toi le glaive, la famine et la peste : au dehors le glaive, au dedans la peste et la faim.

c( Tu seras hvrée aux fils de l'étranger ; tu deviendras la proie des impies de la terre , et les exécuteurs de mes vengeances t'enchaîneront dans l'ignominie.

« J'amènerai contre toi le plus cruel d'entre les peuples. Tu verras venir épouvante sur épouvante, calamité sur calamité. La Loi que tu avais reçue du Ciel périra dans tes prêtres, et ton empire, que tu croyais éternel, se fondra comme une vapeur...»

Ainsi disait le saint, en lisant dans le livre mystérieux qui s'entr'ouvrait au fond de son âme. Et les confesseurs qui l'écoutaient , recueillaient ces paroles dans leur cœur, en se disant tout bas l'un à l'autre : « Voici qu'il prophétise comme les voyants de l'antique Israël; la mort n'est-elle point proche quand on lit à livre ouvert dans les cieux ? »

Une effroyable clameur, qui accourait du dehors en grossissant son tonnerre, étouffa cette question sur leurs, lèvres.

« Donnez-nous Etienne d' Auxence ! nous le voulons , mort ou vif !... »

La porte de fer qui fermait la prison souterraine cria sur ses gonds.

Des hommes armés de torches et titubants sous l'ivresse, montrèrent leurs visages livides et leurs bras ignoblement armés, les uns de pierres, ceux-là de bâtons noueux, les autres des pots de cuivre où ils avaient bu la rage du tigre avec le vin des celliers impériaux.

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