‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 207 sur 222 · LIVRE NEUVIÈ.NH · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈ.NH

« Etienne d'Auxence ! ... »

Le saint abbé fit quelques pas au-devant d'eux : a Je suis, » répondit-il avec douceur, « celui que vous chercliez. »

On le saisit, on Tentraîne; mais ses pieds, garnis d'entraves que relie une chaîne trop courte, ne peuvent obéir à l'impatience des forcenés qui se le disputent. Il tombe : on attache une corde à ses fers, et on le traîne comme une solive jusque sur la place du palais.

Une foule hurlante attendait la victime ; aussitôt qu'Etienne parut, une grêle de coups et de pierres commença son dernier supplice ; mais Dieu permit que son courageux serviteur sortît de la vie sans souffrir longtemps ; un de ses tourmenteurs, armé du piston d'une pompe à incendie, termina d'un seul coup son agonie.

La mort n'assouvit point l'horrible furie de cette populace ; le cadavre du saint fut traîné de rue en rue, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus que des lambeaux mêlés à la fange des égouts.

XXVIU

Je m'arrête.

Que de fois, en me suivant, de récits en récits, à travers les cirques où périssaient de mille manières les premiers martyrs du Christianisme, que de fois n'aurez-vous pas été tenté de fermer le livre, en disant : « C'est incroyable ; jamais l'humanité n'a pu commettre tant d'horreurs! L'auteur de ces tableaux voit le monde à travers les sombres mirages de sa vie solitaire. Il nous délaie au creuset de son imagination des faits hasardés par d'autres moines, ses devanciers non moins moroses que lui et également abusés. Des scènes d'une telle férocité peuventelles exister ailleurs que dans les rêves mystiques d'une cervelle souffrante?... »

Oui, voilà ce que vous avez songé. Eh bien, pour vous prouver que des scènes d'une telle férocité sont possibles, parce

qu'elles sont mal heureusement de tous les siècles , je ne vous renvGi>pas aux monuments historiques des huit premiers siècles de l'Église, aux procès-verbaux du martyrologe, aux chroniques grecques et latines de l'âge que je raconte. Je franchis mille ans d'un trait de plume, et je vous pose devant un seul drame sur mille, éclos dans ce dix-huitième siècle, dont les philosophes modernes furent les dieux, et des bourreaux les apôlres.

'. Le 22 juillet i789, un convoi de paysans armés de faux, de bàlons, de fourches, de sabres rouilles, entre dans Paris par la roule de Fontainebleau. Ces hommes sont d'âges mêlés; leur costume débraillé, leurs lèvres bleuies par le vin poisseux des cabarets, leur allure trébuchant par le poids de l'ivresse, inspirent un effroi môle de dégoût.

Au milieu d'eux, se traîne un vieillard de soixanten^ualorze ^ns, les mains liées, et attaché derrière une charrette de campagne. Ce malheureux porte un collier d'orties; un bouquet de chardons pond à sa boutonnière; on l'a chargé d'une botte de foin. Il se plaint : l'outrage obscène ricane autour de lui; il a soif, on l'abreuve de vinaigre.

Pourquoi ces ignobles tortures? Toutes les voix vous répondei.t : « Laissez passer la justice du peuple! »

Voilà le décor du drame : voici maintenant la catastrophe.

Cette victime qui va au sacrifice, se nomme Foulon. Ses crimes?... Foulon était riche. On l'accusait d'avoir glané sa fortune dans les postes d'intendant d'armée, de marine et des finances, qu'il avait successivement occupés. On lui attribuait des mots impossibles, tels que ceux-ci : « Si j'étais ministre, je fei'ais manger du foin aux Français! » et encore: «On devrait faucher Paris comme un pré ! » Ces propos se commentaient de tous côtés, et prenaient corps en circulant. La vérité ne s'est fait jour nulle part dans le vague de ces accusation* anonymes; elle n'a éclairé que le supplice.

Après la prise de la Bastille, Foulon avait eu peur. Le 17 juillet, après avoir vu Louis XVI paré de la cocarde révolution*-;

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