‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 208 sur 222 · LIVRE NEUVIÈME. AM · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. AM

ïiaire et à la merci du mouvement, il avait compris que tout était [)erdu , qu'il ne restait qu'à dérober sa fuite.

L'i moi't d'un de ses serviteurs, Picard, lui fournit un innocent stratagème; ce fut de le faire enterrer sous son nom. Pendant ce temps, il gagnait, déguisé, son château de Morangis. Menacé dans cet asile peu sûr, il avait ensuite couru, de nuit, chercher à Viry, près Fontainebleau, chez M. de Sartines, une cachette et l'oubli. Mais un valet trahit sa retraite, et le syndic du village, nommé Grappe, sonna le tocsin pour faire tiaquer le fugitif comme une hèle fauve.

Le coitége de Foulon arriva devant l'hôtel de ville à six heures du malin. Les membres de la Commune pâlirent; l'odeur du sang ne les alléchait pas encore, mais conmient sauvei'aient-ils cet homme sans s'exposer eux-mêmes? Us décidèrent qu'on abuserait les bourreaux par la promesse d'une justice légale, et qu'à la nuit tombante, Foidon serait conduit en secret dans les prisons de l'Abbaye^ pour y attendre en sûreté le retour du calme.

Muis ils avaient compté sans les furies des carrefours.

Les larves du faubourg Sain t -Marceau , attirées h la Grève par Tnislinct d'une proie, s'éloigneraient-elles sans être assouvies? Le bruit de l'arrestation d'un accapareur de grains, les détails odieusement grotesques de son translèrement, faisaient dé'à la pâture des conis de rues. Des groupes nombreux débouchaient des quais et des quartiers voisins, en criant : w Fuulon à la lanterne! Foulon au feu.î » tout comme la populace de Constaniinople avait crié, mille ans plus tôt : « Donnez-nous Etienne d'Auxence, mort ou vif!... »

Foulon n'était pas un saint, mais c'était un homme, un chrétien , un vieillard, et ses bourreaux improvisés étaient des

chrétiens, comme les bourreaux improvisés de saint Etienne du Mont-Auxence.

Et, chose effroyable à signaler, on voyait dans les groupes homicides des rôdeurs en habit bourgeois, qui faisaient hautement le rôle d'agents provocateurs, tout comme on avait vu, à Constantinople, des courtisans de l'empereur Copronyme exciter, en habit de cour, les instincts atroces des sicaires iconoclastes.

Uun de ces bourgeois du Paris de 1789 pénétra jusqu'au comité municipal, pour annoncer que si Foulon n'était pas livré au peuple, le peuple allait brûler l'hôtel de ville.

Les clameurs du dehors ordonnaient de tout redouter. Aucune force publique ne se trouvait à portée du péril.

Le maire de Paris, Bailly, ce modeste savant qui paya si cher l'erreur d'une ambition fugitive, Bailly, dominant de toute la noblesse de son âme les terreurs qui l'entourent, ose affronter la rage des tigres de la Grève. Il paraît sur le perron de l'hôtel de ville; il veut parler : des rugissements couvrent sa voix.

Les membres de la Commune, perdant la tête, courent alors chercher Foulon dans l'armoire aux archives , où il s'était blotti.

Le voilà devant le peuple , que son âge , ses cheveux blancs, sa pâleur de spectre, magnétisent un moment.

Mais, tout à coup, un cri part de la foule qui grouille sur la place: «Jugeons-le tout de suite : son affaire est claire!...»

C'est un arrêt de mort.

En un clin d'œil, les barrières de l'hôtel de ville éclatent sous le poids d'une légion d'assaillants. La salle des séances municipales est cernée, violée. Un intrépide citoyen, Moreau de Saint-Méry, lutte un moment : « Mais vous n'êtes pas des juges! » s'écrie-t-il. «Des Français, des chrétiens, veulent-ils être assassins?...

— «Des juges! on t'en fera, avec une corde au bout du jugement. »

Et sur-le-champ un tribunal s'improvise, au moyen de sept

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