LIVRE NEUVIÈME
individus que la foule soulève de son sein. Une chaise monté sur une table servait de sellette à l'accusé. On l'apercevait de toute la salle.
Devant cette étrange situation d'un être humain dont la vie ne tenait plus qu'à un caprice, il y eut un moment d'hésitation.
Ce n'était point la pitié qui passait dans la foule, c'était je ne sais quelle stupeur dont le meurtrier ne se défend pas toujours avant d'égorger sans lutte.
Le général Lafayette arrivait. 11 ne trouva pas une seule de ces paroles généreuses dont le soldat a le secret, qui retentissent comme l'écho de l'honneur dans toutes les âmes françaises, et qui exercent sur les natures les plus violentes un empire irrésistible , parce qu'elles partent du cœur pour aller au cœur.
Lafayede eût pu sauver Foulon, il ne sut que l'avilir, pour rester populaire.
« Je ne puis , » s'écria-t-il , « blâmer votre indignation contre cet homme!... C'est sans nul doute un grand scélérat; mais il a des complices qu'il faut connaître. Je vais le faire conduire à l'Abbaye; là, nous instruirons son procès, et nous le condamnerons selon ses mérites! »
C'est ainsi que ce soldat, adoré de Paris, ne couvrit point de sa poitrine un vieillard qui l'implorait de ses regards éteints.
Or, qu'avait-on besoin déjuges, maintenant, pour ce malheureux que l'idole de Paris achevait d'écraser?...
La foule s'ébranle.
La table sur laquelle est monté Foulon se renverse.
Il est entraîné, une corde au cou, le long des escaliers sur la place, à une lanterne qui a porté d'autres cadavres.
On hisse la corde. A demi hauteur, elle casse : Foulon tombe sur ses genoux brisés, en criant grâce!...
On renoue la corde, pour recommencer : elle casse encore.
Le pendu se débat tout sanglant, avec des cris étouffés.
Quelques hommes en haillons détournent les yeux, et tendent leurs sabres pour en finir.
Mais ce n'est pas le compte des exécuteurs de la justice du
peuple. Ils courent chez un épicier chercher une corde neuve, laissant leur proie se lorclre en convulsions sous les crachats et les coups de pied.
Un quart d'heure après, la mort seule a pitié de cette afîreuse agon'e. Foulon flotte inanimé dans les airs. Un brigand lui franche la (été, et court la promener au bout d'une perciie dans les rues de la cite, tandis que ses dignes acolytes, passant la corde funèbre autour des pieds de l'égorgé, tourmeiiteiit ses débi'is à travers les ruisseaux, jusqu'aux égouts de la morgue.
Maintenant, ne comparez pas les victimes, saint Klienne du Mont-Auxence, martyr de la foi religieuse, et Foulon expiant des richesses peut-être mal acquises; mais comparez les bourreaux. A dix siècles de distance, les ouvriers du Mal ont-ils cessé de se ressembler? Le Présent nous autorise-t-il a douter du Passé, et à répondre de l'Avenir?
Chaque époque de perversité traîne après elle son châtiment.
Vous avez vu celui de Jérusalem et de Rome. La Providence préparait aussi, dans le lointain des solitudes, celui du Bas- Empire.
Au seuil du mystérieux Orient, vieille patrie des prodiges, berceau du genre hum^ain et tombe de civilisations ignorées, entre les grèves de la mer Rouge et du golfe Persique, régna une vaste oasis que des plaines de sable en feu séparent de la fertile Asie.
Lien de trois continents, et mère d'un grand peuple qui s'étendit par la conquête depuis les fleuves de l'Inde jusiju'aux rivages atlantiques, l'Arabie, c'est le nom de cette oasis, eut pour preniiers habitants quelques familles de pasteurs, campées à l'ombre des palmiers.
J^es traditions bibliques leur donnent pour père conmiun le patriarche Abraham, qui, après avoir porté ses. tentes xle Chai-