LIVRE NEUVIÈME
dce en Mésopotamie et en Egypte, revint se fixer et mourir, au milieu de sa nombreuse poslcrité, dans les vallons solitaiies où Ja vie errante des premiers humains n'avait encore à redouter ni le joug de la force ni les menaces de la tyrannie.
Lorsque les empires de ranti([uitc se formèrent, le puissant voisinage de l'Assyrie, de la Perse et de l'Egypte ne changea point les mœurs de ces enfants du désert. L'Arahe, passionné pour son indépendance, et alîranchi des besoins faclit^es dont la satisfaction coûte si cher, méprisa l'éclat d'une exislence(}u'il eût fallu acheter au prix de sa liberté. Son anlente imagination et sa vie peu occupée le disposaient surtout à ces contemplations mystiques où l'esprit de l'homme, se dégageant des liens matériels, s'égare avec délice dans le monde des rêves. Heureux de son insouciance, ayant pour lit les (leurs de l'Yémen sous un dôme d'azur, et pour spectacle les splendeurs infinies de l'espace et des cieux, il s'endormait bercé p.ir sa pensée vagabonde, sans souci de la veille, sans appréhension du lendemain.
Quand, plus tard, les expéditions d'Alexandre projetèrent au loin sur l'Asie un reflet de 'a civilisation grecque, l'Arabie sem bla reculer dans ses déserts pour en éviter le contact, et, plus tard encore, les aigles romaines durent s'arrêter devant sa limite.
Mais les événements du passé ne devaient pas demeurer sans influence sur le développement d'un peuple en qui germait un immense avenir. \
Des caravanes d'émigrants chassés par l'effroi des dominalions étrangères descendirent, un jour, des hautes régions de l'Asie, et vinrent successivement chercher sur le sol arabe un asile pour leurs dieux exilés, une patrie pour leur liberté fugitive.
Ces familles apportaient avec elles les traditions de leur pays natal; en échange de l'hospitalité du désert, elles y trouvèrent un accueil fraternel. Les hommes simples qui leur l'aisaienl place au milieu d'eux écoulèrent avec ravissement les recils de
la terre lointaine. L'aspect des restes d'une opulence inconnue leur révéla des besoins nouveaux, et ils comprirent alors qu'on pouvait s'armer et combattre pour autre chose que la possession d'un pnits dans les sables ou d'un pâturage découvert dans le pîi d'une double colline.
La tribu voyageuse admira aussi les filles des e^iilés; les joies naïves du mariage primitif rapprochèrent par des nœuds sympathiques ceux qui pleuraient une patrie perdue et ceux pour qui les horizons sans fin et le changement de lieux étaient la condition du bonheur. Les années passèrent sur cette alliance^ et confondirent peu à peu les races diverses en une race unique, dont le type a traversé les âges sans s'altérer.
De cette fusion naquit un phénomène moral qui retarda la croissance d'un état social auquel manquaient encore l'unité qui crée la force et la foi commune qui cimente l'unité. Les idoles de la Perse et les fétiches indiens étaient venus s'installer au foyer de l'Arabe, avec leur cortège de poétiques légendes, leurs mystères tour à tour gracieux ou redoutables. Ces cultes nouveaux ne tardèrent pas à séduire les mobiles imaginations du peuple hospitalier.
L'autel de pierre où s'offraient au Dieu d'Abraham les prémices de la récolte et les premiers nés du troupeau, fut assez large pour contenir les images des dieux humains; et, peu à peu, de cette corruption de la croyance patriarcale, l'Arabe imitateur passa aux superstitions des peuples enfants. Tout ce qui frappait ses sens de terreur ou de joie revêtit à ses yeux un prisme divin et lui offrit une idole nouvelle : l'orage, le fer, le vent, les astres, devinrent tour à tour, par leurs effets^ les génies du mal et du bien, devant lesquels il s'agenouilla pour les conjurer ou les bénir. Le ciel et la terre s'emplirent de puissances invisibles, tantôt favorables ou funestes; l'ignorance