‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 23 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

cachet de Vhomme fort, ce héros d'un monde étrange, qui, dans les ballades hunniques, tend la gorge au couteau , rit, et meurt.

La colère d'Attila tomba sur Vigile.

« Couard ou traître! « s'écria-t-il , «je ne sais quel nom te donner; tu rampes, pour vivre, aux pieds du premier venu, comme si tu ne savais point que ta chair misérable dégoûterait des corbeaux affamés ! . . . »

Vigile pâlit. L'œil ardent du Hun semblait fouiller sa conscience; plus de doute : Édécon avait parlé.... Le complice de Chrysaphe crut toucher à sa dernière heure.

Attila jouissait de sa frayeur; Ëdécon souriait encore, de ce terne sourire dont Maximin n'avait pas le secret.

« Dis à ce Romain moins vil que toi, » reprit le prince du désert, « que j'ai un compte de sang à régler avec Théodose. Dis-lui que j'irai l'écraser dans sa ville, et que j'effacerai du sol jusqu'à la trace de son nom. Dis-lui que je suis le frère de la Mort et le père de l'implacable Vengeance : dis-lui que le nom d'AUila signifie catastrophe !... »

Et Vigile traduisit en langage romain cette sentence de destruction.

XXVIIT

Attila suivait du regard, sur le visage de Maximin, l'exacte version de ses menaces.

Le vieux soldat changeait de couleur, mais on ne le voyait point blêmir ; le sang affluait à ses tempes ; sa lèvre frémissante semblait boire le calice de l'outrage, mais il rejeta la lie.

— « Parmi nous, » dit-il avec amertume, « le plus fort frappe, quand la fortune des armes lui livre son ennemi ; défîetoi de vendre les plumes de l'aigle avant de l'avoir abattu.

— « Parmi vous, » reprit le Hun, nul ne sait plus frapper

que par derrière. Quand Tennemi \ous fait peur, vous l'assassinez, si vous trouvez un traître à bon marché...

— «Tu mens!... » interrompit l'austère probité de l'ambassadeur de Théodose.

— « J'attendais ce dernier mot ! » reprit Attila. « Mais je dédaigne d'y répondre moi-même. Voilà,» poursuivit-il en montrant Vigile, « voilà un Romain qui porte à la place du cœur la preuve des trahisons de sa race. »

Et d'un signe rapide comme l'éclair, il ordonna que Vigile fût terrassé et dépouillé de sa tunique. Vingt glaives huns, pointés sur la poitrine du malheureux interprète, le tenaient en respect, prêts à se rougir de son sang s'il essayait de lutter. On trouva sur lui l'écrit, signé de Chrysaphe, qui décernait à Édécon cinquante livres d'or en échange du meurtre d'Attila.

Oresle donna lecture à Maximin de cette pièce de conviction; puis Attila la prit de ses mains et la tendit à Édécon, en s' écriant : «Fidèle compagnon, parce que tu n'as pas voulu vendre le sang d'Attila , Attila t'en doublera le prix ; nous irons ensemble à Constantinople, te faire payer parles Romains la dette de leur empereur et la mienne!... »

Et poussant un rauque éclat de rire, le chef des Huns contemplait tour à tour Maximin et Vigile, que des sentiments opposés plongeaient dans la même consternation.

Vigile rampait aux pieds de la vengeance qui pouvait l'écraser.

Maximin dévorait l'indignation de son âme. « Guerrier, » dit-il enfin à Attila, «je ne savais rien! mais si tu me crois complice d'une lâcheté, tue-moi de ta main : j'ai trop vécu!»

Attila fixait sur lui des regards pénétrants, que l'ambassadeur de Théodose soutenait le front haut; la netteté de sa conscience resplendissait sur le mâle visage du vieux consulaire. Attila lui lendit la main et lui dit : « Je sais lire dans le cœur des hommes forts; tu n'as rien à redouter de moi. On traînera Vigile enchaîné derrière mon chariot , jusqu'à ce qu'il

Page 1