LIVRE SIXIÈME.. A
trouve son pesant d'or pour se racheter de sa servitude. Oreste, qui vaut mieux que lui, retournera avec toi devant Théodose, chargé des paroles que voici : « Le Barbare Attila méprise Théodose le Romain ; mais il lui pardonnera sa perfidie, si le lâche Chrysaphe, digne copie d'un tel maître, est livré aux Huns, pour que justice en soit faite. »
Cette insulte trop méritée fit trembler Théodose et son vil ministre. Chrysaphe n'avait point d'amis; mais comme il était le dispensateur absolu des grâces du prince, il avait des courtisans, et ceux-ci ne le croyant pas perdu sans ressource, ne l'abandonnèrent point. Une nouvelle ambassade fut créée pour porter au camp d'Attila les plus précieuses richesses du palais des empereurs, et les supplications de Théodose humilié.
A l'aspect des trésors qui ruisselaient à ses pieds, la colère du Hun se fondit aux rayons ardents de la cupidité. « Attila est généreux! » s'écria-t-il , « il préfère l'or de Théodose à la peau de Chysaphe! Qu'on m'apporte, chaque année, un pareil présent, et je laisserai vivre Théodose! »
Ce triste empereur survécut peu de temps à ses angoisses. 11 disparut de la scène, le 28 juillet 450 ; une chute de cheval, au retour d'un pèlerinage à Éphèse, ouvrit sa tombe. Il avait voulu visiter les cendres de l'évangéliste saint Jean; l'ombre sainte ne lui révéla point qu'il touchait au seuil de l'éternité. Il descendit les mains vides dans le néant des grandeurs, après quarante-deux années d'un règne qui ne fut point sans souillures et dont la politique énervée ne produisit que des fruits amers. Pour consommer la ruine de l'empire d'Orient, il ne fallait après lui qu'un empereur qui lui ressemblât.
L'occasion était belle pour Attila. Toutes les provinces accablées d'impôts, et livrées aux créatures de Chrysaphe, ne connaissaient point d'ennemis plus barbares que leurs gouver-
neurs et leurs magistrats. Théodose ne laissait qu'une fille, mariée à Yalentinien TU; mais ce prince, déjà tout courbé sous le poids des affaires de Rome, n'avait ni assez de courage, ni assez de puissance pour faire valoir ses droits à la succession de l'Orient. Chrysaplie, maître absolu de la cour byzantine, touchait au diadème, c'est-à-dire qu'il allait régner sous le nom du plus nul de ses flatteurs, lorsque Pulchérie sortit de l'obscurité où la reléguait depuis vingt-six ans la puissance des eunuques, et se dressa devant Ghrysaphe comme une apparition de la divine justice.
Pulchérie avait vieilli , dans les tristesses de ce long délaissement; mais le génie de ses jeunes années n'avait pas jeté son dernier éclat. L'impératrice vierge, âgée d'un demi-siècle, lisait l'avenir en feuilletant le passé. La faiblesse de son sexe allait-elle enchaîner ses derniers jours à la ruine d'un trône laissé sans héritier? Le dernier sang de la famille Théodosienne élait-il condamné à s'avihr sous une basse usurpation de la pourpre? L'eunuque Ghrysaphe chasserait-il demain du palais de ses pères la vierge impériale?...
Elle se recueillit un moment devant cette cruelle incertitude. La prière fortifia son cœur; elle se sentait digne de ne pas assister plus longtemps à la honteuse décadence d'un empire dont la gloire était l'héritage de sa race. Pour secouer la torpeur publique, il fallait tenter un coup d'État : elle en osa deux.
La cendre de Théodose n'était pas encore froide, que déjà Ghrysaphe, en conseil secret avec ses affîdés, mettait à l'enchère de ce vil troupeau la faveur de porter devant lui le masque du pouvoir. Pour les ambitions dégradées , régner, c'est piller. En présence des Barbares, la banqueroute de l'État pouvait se solder par une invasion. Mais pendant que l'eu-