‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 25 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

nuchat se dispute le partage des lambeaux de la misère des peuples, les portes du conciliabule éclatent sous le poids des haches d'armes ; Pulchérie se montre entourée de soldats : Chrysaphe est arrêté, mis aux fers.

Nul n'est si lâche qu'un tyran sans grandeur qui se voit pris dans ses propres embûches. Chrysaphe fut abject au fond de sa chute. A peine dépouillé du prestige que lui prêtait sa puissance, il eut autant d'ennemis qu'on lui avait compté d'adulateurs. Les désastres* de son ministère étaient une accusation suffisante pour le faire condamner comme traître envers l'État. Il ne fut pas besoin de cette mise en scène politique pour justifier le sort qui l'attendait. De toutes parts il s'éleva contre lui un tel concert de récriminations vengeresses, que sa tête paraissait due à la haine publique , avant même que l'on eût instruit son procès. Jugé sommairement sur l'ensemble de ses actes, il fut déclaré digne de mort, et les acclamations de Constantinople ratifièrent cet arrêt sans appel.

Mais quand les dernières formes de la justice sont négligées ou violées, la pitié revient disputer au supplice les jours du plus odieux criminel. Pulchérie eut le tort de se trop souvenir, en ce moment suprême, que Chrysaphe avait été son ennemi personnel et l'auteur de sa longue brouille avec l'empereur. Dominée par son ressentiment , elle abusa de sa victoire ; au lieu de remettre le condamné entre les mains des exécuteurs de la loi, elle l'abandonna aux enfants des familles où il avait choisi ses victimes. En écartant le bourreau légal, elle accordait à Chrysaphe les honneurs de la proscription. C'est là l'unique faute de sa vie.

Ce coup terrible fit rentrer dans les ténèbres la tourbe des intrigants qui assiégeait les avenues du pouvoir. Pulchérie regarda autour d'elle, et n'apercevant à l'horizon de ses desseins que des fronts courbés devant la majesté de son audace , elle prit le diadème, et régna.

Mais il était sans exemple qu*iine femme fût seule revêtue de la puissance souveraine, et, pour ne pas la laisser glisser tôt ou tard en d'autres mains, elle se vit obligée de choisir un époux, malgré son vœu de virginité.

Parvenue à l'âge de cinquante -deux ans, elle ne fut pas tentée de chercher dans la raison d'État un motif de dispense. Elle résolut de prendre un mari dont l'âge et le caractère pussent lui répondre qu'il se conformerait sans regret à ses intentions, en même temps que par son courage il travaillerait de concert avec elle à rétablir l'honneur de l'empire. Elle crut trouver ces qualités dans Marcien, dont elle sut démêler le mérite dans la foule des officiers du palais, parmi lesquels il vivait confondu.

L'obscurité de la naissance de Marcien avait retardé sa fortune, et, quoique âgé de cinquante-huit ans, il ne possédait que le grade de tribun. Né en Thrace, d'une famille chrétienne dont tous les membres passaient à leur tour dans les armées, il avait eu dans sa vie plusieurs de ces aventures que la superstition du temps se plaisait à transformer en présages.

Dans sa première jeunesse , quittant sa ville natale pour aller s'enrôler, il rencontra, dit-on, sur sa route, le cadavre d'un homme assassiné. Un sentiment de pitié le fit s'arrêter pour creuser une fosse à ce malheureux. Des gens qui passaient , le voyant occupé de ce lugubre office, se jetèrent sur lui, en l'accusant d'être l'auteur du meurtre, et le traînèrent garrotté devant le magistrat du lieu le plus voisin.

Marcien protestait de son innocence , mais toutes les présomptions lui étaient si contraires, qu'on allait l'envoyer au supplice, quand une voix s'éleva de la foule des assistants pour assumer la peine du crime qu'il n'avait point commis. L'étran-

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