‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 26 sur 222 · LIVRE SIXIÈME. ÂQ · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. ÂQ

geté d'un assassin se dénonçant lui-même au moment où l'impunité lui semble acquise, frappa tous les esprits populaires; Marcien , échappant à la mort par une circonstance presque merveilleuse, fut emporté en triomphe, comme un favori de la fortune.

Quand il eut rejoint la légion dont il devait faire partie, les règlements militaires lui assignaient, comme nouveau venu, le dernier numéro d'ordre dans sa cohorte. Mais le tribun, charmé de sa bonne mine, lui- donna, en arrivant, place au premier rang. Chaque soldat portait un surnom de guerre ; celui que remplaça Marcien avait celui d'Auguste : le jeune conscrit en hérita, et quand il fut élevé à l'empire, on lui rappela cette singularité dont ses panégyristes firent un augure.

Et cependant, malgré des services distingués, il n'avait pu s'élever qu'au grade de tribun. Vous l'avez vu , en Afrique , prisonnier des Vandales, devoir sa hberté à une superstition de Genséric. Rentré à Constantinople, il avait obtenu , pour prix de son courage ou en réparation de son malheur, la dignité sénatoriale et un commandement militaire dans la maison de l'empereur. Modeste et pieux, il bornait son ambition à la renommée de fidèle serviteur ; vivant à l'écart des agitations de la cour, il n'était ni l'ami de Chrysaphe, parce qu'il le méprisait, ni son ennemi, parce qu'il était chrétien. Les événements et les jours s'écoulaient autour de lui, sans l'occuper d'autre chose que de l'accomplissement de ses devoirs. Théodose, qui ne savait rien voir par ses propres yeux, passait devant lui sans le remarquer ; mais Pulchérie, qui, de loin, tenait son regard douloureusement attaché sur la pente fatale où se glissaient les affaires, avait deviné la valeur incomprise d'un homme tel que Marcien , et pressenti peut-être son rôle à venir.

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V^oilà répoux qu'elle préféra aux personnages les plus distingués de l'Empire. Elle le fît venir en particulier, peu de jours après la chute de Chrysaphe, et lui dit, sans le préparer à cette révélation : « Je crois à ta vertu, et je la veux couronner. Il y a dans le gouvernement d'un État des fonctions qu'une femme ne peut remplir; il faut à l'empire une épée, et je ne puis porter que le sceptre : partageons, Marcien, les attributs du commandement. Par le droit du sang dont je suis née, par celui des services qu'a rendus ma jeunesse à côté d'un empereur enfant, par celui du titre augustal dont je suis revêtue , je resterai la tête de l'Empire, tu seras le bras. Soldat né dans la foule, veux-tu la moitié de ma pourpre ? Jure de respecter Pulchérie devenue ton épouse, comme tu as respecté Pulchérie souveraine. Sous le poids des années que nous portons tous deux, le mariage n'est qu'un lien de raison. Je suis vierge à l'âge des veuves, sois le gardien tidèle des derniers jours que Dieu me donne pour ctayer un trône qui penche. Solitaire dans ce palais, je garderai pour moi seule les soucis de la grandeur; je te réserve une épouse plus séduisante que moi : la gloire de me succéder. »

Marcien possédait ce mérite qu'on ne retrouve que dans les classes inférieures aux époques de décadence ; il ne fut point étourdi de l'essor prodigieux de sa fortune; il prêta, comme un soldat, le serment qui lui était demandé, et monta sur le trône avec le calme d'une vedette qui se poste haut pour mieux voir d'où viendra l'ennemi.

Cette élection ne fut point contestée. Quand la patrie est en péril, tout vient se ranger de soi-même sous la main du pilote qui saisit d'une main ferme le gouvernail de l'État. Fatigués d'oscillations contraires, le sénat, l'armée, le peuple, avaient besoin de retrouver un centre autour duquel chacun pût s'ap-

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