LIVRE SIXIÈME. 51 i
piiyer. Pulchérie était respectée pour ses \ertus, Marcien le fut pour le choix de Pulchérie.
Le couronnement du nouvel empereur eut lieu le 24 août 450, avec une solennité qui fit oublier un moment les misères de l'Empire. Le mariage suivit de près cette cérémonie, et les deux souverains habitèrent des palais séparés, pour rendre un hommage public au vœu de l'impératrice vierge.
Le premier acte de Marcien fut de reléguer dans les sentines du palais cette fatale engeance des eunuques, qui avait fait tant de mal sous les deux règnes précédents.
Pour restaurer l'empire, il ne manquait à ce prince que d'être moins avancé en âge. Les fatigues de sa longue vie militaire lui faisaient déjà ressentir les infirmités de|la vieillesse; il était tourmenté par les douleurs de la goutte ; mais son âme conservait toute la vigueur de ses ressorts. Quoiqu'il fût presque illettré, un esprit droit, éclairé des lumières du Christianisme, guidait ses conseils plus sûrement que les leçons de la philosophie. Sa douceur et sa compassion pour les misères et même pour les fautes des hommes, firent la ressource de ses sujets ; sa prudence et son courage en furent les remparts vivants. La dignité de ses mœurs ennoblissait sa personne plus que n'aurait fait une longue suite d'ancêtres. Frugal comme aux premiers jours de sa carrière , il ne cessait point de vivre comme il avait vécu sous le casque et la cuirasse. Exempt d'avarice, il comptait pour richesses non pas l'or qu'il aurait pu recueillir des impôts et entasser dans ses coffres, mais les bienfaits qu'il versait dans le sein des provinces épuisées, ou les gratifications qu'il répandait en récompense des services rendus à l'État, Attentif à faire régner les lois, il aimait mieux corriger que punir : la vigilance prévient les crimes qu'une sévérité excessive n'arrête point.
Occupé sans cesse du soulagement des peuples, il ne publia cependant qu'un petit nombre de lois ; mais nulle ne fut créée pour l'avantage du prince, toutes tendaient au bonheur des sujets, et pour n'être pas oblige de les multiplier, il n'eut jamais les yeux fermés sur leur exécution. Avant lui, les hommes puissants par leur crédit politique ou par l'influence que donnent les richesses, traînaient à leur suite une foule de clients qui marchandaient par la brigue ou par l'or tous les emplois lucratifs. Il proscrivit ces manœuvres et ce commerce honteux en les assimilant au crime de concussion : «L'Empire, » disaitil, « ne peut être mieux servi que par les hommes qui fuient les charges publiques parce qu'ils en connaissent le poids. »
Les abus de toute sorte qui corrompaient les tribunaux avaient multiplie les appels au jugement de l'empereur. Ce recours suprême imposait des frais ruineux aux habitants des provinces et rendaient le gain d'un procès plus désastreux que sa perte. Marcien fit justice de ce désordre en frappant d'une loi draconnienne les juges convaincus de prévarication , de servilité devant le haut rang des plaideurs , ou de mépris des droits du faible et du pauvre.
Le premier Constantin avait interdit aux familles patriciennes l'alliance par mariage avec des personnes que sa loi qualifie de viles et abjectes. Marcien réforma cette loi contraire à l'égahté chrétienne : « Nous voulons , » dit-il, « que l'expression de viles et d'abjectes ne soit appliquée qu'aux personnes qui exercent dans la société une profession qui déshonore les mœurs, ou qui ont commis des actes flétrissants. Dieu ne nous permet pas d'humilier l'obscurité de la naissance ou la privation des dons de la fortune. Le Christ, en naissant dans la pauvreté, a fait pour nous de ce malheur des païens une dignité resplendissante. La plus extrême indigence peut devenir une source de gloire ; elle est souvent une preuve de vertu dans ceux qui la supportent. »