‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 28 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

L'impératrice était l'Égérie de ce Numa chrétien qui voulait ramener l'Orient à la gloire par la vertu, et à la vertu par la paix.

Marcien n'oublia jamais, et c'est l'immortel honneur attaché à sa mémoire, qu'il lui devait le rang suprême. Lorsque tous deux paraissaient ensemble en public , il cédait le pas à Pulchérie par une déférence qui l'illustrait lui-même, et jamais un décret ne sortit des conseils de l'État, sans qu'elle fût consultée.

L'Orient semblait remonter vers les jours heureux du grand Constantin; mais Rome achevait de descendre. Valentinien ITI, en perdant sa mère , perdait sa dernière ressource. Placidie mourut le 25 novembre 450, Son corps fut porté à Ravenne, et déposé dans une chapelle qu'elle avait fait ériger sur la tombe de son frère Honorius. Cette chapelle subsiste encore dans le jardin du monastère de Saint-Vital, et jusqu'à la fin du dernier siècle, le squelette de Placidie s'y conserva, assis sur une chaise de bois de cyprès.

On a loué, on a blâmé cette princesse, et ce partage d'opinions est déjà un reproche pour sa mémoire. Elle aimait la justice; elle (it ou inspira de bonnes lois; elle avait l'art de se plier aux faits accomplis , pour tirer le meilleur parti possible des situations les plus critiques; mais elle n'eutpas celui de prévoir à temps, ni de réparer les malheurs. Elle gouverna l'empire de son fils, mais elle ne sut pas gouverner son fils même; trop occupée de sa propre ambition, elle le laissa corrompre par une éducation efféminée qui ouvrit carrière à ses vices. Pieuse, mais de cette piété officielle qui ne satisfait qu'aux devoirs extérieurs, elle fut avare, jalouse, soupçonneuse , et sa réputation de chasteté ne resta pas sans atteinte. Sa vie fut aussi contrastée que son caractère. Peu considérée à la cour de son

frère, elle avait servi de jouel à l'ambition de Stilicon. Tour à tour prisonnière de guerre, veuve du Barbare Ataulfe, puis remariée sans amour, elle s'était vue impératrice des Romains, reine des Goths; bannie de l'empire d'Honorius, et redevenue enfm maîtresse de tout sous le nom de Valentinien III, elle avait fait perdre à ce fils tout ce qu'il devait perdre sans elle, s'il fût demeuré orphelin. Elle avait vu les Barbares abattre à coups redoublés les fondements de l'empire d'Occident , et elle sentit en mourant les dernières secousses qui précipitaient la ruine du vieux monde.

Les Franks, les Visigoths, les Bourguignons se partageaient la Gaule avec un reste de Romains.

Les Suèves s'étendaient en Espagne.

Les Vandales possédaient la plus belle portion de l'Afrique.

La Grande-Bretagne venait de tomber au pouvoir des Saxons.

Tandis que l'Occident perdait pour jamais cette immense province, Attila reprenait le dessein de ruiner les deux empires. La mort de Tliéodose et de Placidie , les faiblesses des Romains, ses succès passés , son inclination naturelle pour le massacre et le ravage , le portaient à recommencer la guerre , et l'engagement romanesque de l'anneau d'Honoria était dans ses mains un prétexte d'hostilité sans cesse renaissant.

Dès qu'il eut appris l'élection de Marcien, il fit partir une double ambassade; l'une à ce prince, pour lui demander le paiement du tribut stipulé avec Théodose II; l'autre à Valentinien 111, pour lui déclarer qu'Honoria étant son épouse de droit, il prétendait qu'on lui amenât cette princesse, et qu'on lui remît, avec elle, la moitié de l'empire dont elle était légitime héritière, i/ Marcien répondit fièrement à la première ambassade, qu'il

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