‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 29 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

n'était point engagé par les fautes ou les faiblesses de sou prédécesseur; que si les Huns voulaient vivre en repos, il pourrait les traiter comme un peuple allié, mais qu'à la première agression, Attila sentirait la griffe des aigles romaines.

« J'ai, » dit-il, a de l'or pour mes amis, du fer pour mes ennemis! »

La réponse de Yalentinien fut aussi énergique ; « Chez les Romains, les hommes régnent, les femmes filent. Honoria n'a pu offrir des droits qu'elle n'avait point; et quant à devenir l'épouse d'Attila, j'aimerais mieux la voir dans le lit d'un esclave que dans celui d'un Barbare. »

Marcien ne craignait point la guerre, mais l'épuisement des forces de l'Orient depuis les dernières invasions lui faisait une loi de gagner un peu de temps par une adroite négociation. Tout en refusant de rien accorder aux exigences d'Attila, il crut devoir adoucir l'àpreté de son refus en lui envoyant de riches présents, destinés à ménager une trêve nécessaire.

L'homme choisi pour cette mission se nommait Apollonius. Il était digne de continuer les traditions de Maximin. Attila, prévenu de son arrivée, refusa de lui donner audience , comme il l'avait refusé à Maximin : « Le temps des paroles est passé, » disait-il; « je n'accueille plus que des soumissions. Que l'on m'apporte l'or qui m'est du par Théodose, ou j'irai manger le cœur du dernier Romain sur la dernière pierre de Constantinople!... »

Apollonius ne s'effraya point; sa réponse aux envoyés d'Atti* la, qui lui barraient le chemin , fut digne des vieilles traditions de Rome. « Allez dire à votre maître , » cria-t-il à ces Barbares, « que je lui apporte la paix ou la guerre. S'il veut la paix, voilà des présents dont l'empereur Marcien le gratifie, comme il gratifie, à l'occasion de son glorieux avènement, tous les peuples sujets, alliés, ou voisins de l'Empire. Ces présents, il y a deux manières, pour Attila, d'en devenir possesseur. 11 faut qu'il les reçoive de mes propres mains, en m'accueillant avec

les égards dus à la dignité du représentant d'un grand prince. Si votre Attila n'est qu'un brigand, il peut me dépouiller, me tuer même, rien n'est plus facile; mais qu'il se souvienne que Théodose est mort, et que de son héritage Marcien n'a ramassé que le glaive! »

Il y a dans le vrai courage une grandeur communicative qui domine les natures les plus sauvages. Attila subit l'ascendant qu'Apollonius avait exercé sur les Huns; il mesura pour la première fois des difficultés imprévues dans la balance de ses desseins.

Également irrité contre les deux empereurs, il étendait tour à tour ses regards d'Orient en Occident, comme pour sonder l'avenir ouvert à ses dévastations. Laquelle de ces deux proies allait-il d'abord assaillir?

Plusieurs raisons le déterminèrent à porter ses premiers efforts du côté de l'Occident. Cette partie de l'Empire, tant de fois et si profondément entamée par d'autres Barbares, semblait devoir succomber sans résistance. Ces Barbares, et surtout les Franks qui tendaient à se fixer dans la Gaule , ne seraient-ils passes auxiliaires naturels pour l'aider à démembrer sa proie? Les Goths étaient, il est vrai, devenus les alliés de Rome depuis leur admission dans l'Aquitaine, et leur puissance dressait un écueil à ses projets : mais le Vandale Genséric venait de rompre avec leur roi Théodoric par un acte de hideuse cruauté.

Théodoric avait marié sa fille unique à Hunnéric, fils du Vandale ; sur un soupçon d'empoisonnement , Genséric la renvoya à son père, après lui avoir fait couper le nez et les oreilles. Les Goths menaçaient les Vandales de leur vengeance, et Genséric offrait son alliance à Attila, pour échappera l'ennemi le plus pressant.

Tout se préparait donc au gré des vœux du Hun. Il leva tout

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