LIVRE SIXIÈME
nemis, il essaya de fuir, sans savoir où il trouverait un asile. Capturé sur mer aux environs des îles Baléares, il fut conduit à Ra venue, enchaîné comme un malfaiteur. Les prisons de la ville reçurent ce misérable jouet des Goths et d'une impuissante ammtion. Il y traîna sa misère pendant plub (i'une année, confondu avec les plus vils criminels et traité comme eux. Honorius le réservait au triomphe qu'il se fit décerner comme pacificateur de l'Empire. Attale, traîné à Rome en 417, fut exposé aux regards du peuple sur lequel il avait cru régner. On lui coupa les doigts de la main droite, afin qu'il ne pût, désormais, ni toucher une épée, ni signer un édit ; puis un reste de vie lui fut laissé par Honorius, qui joignit à cette pitié une petite pension et une maison dans l'île de Lipari : clémence pire que le supplice pour un homme de cœur, mais qu' Attale reçut comme un bienfait. Cet homme qui avait essayé le diadème n'avait pas même le courage d'un gladiateur.
La conduite loyale de Vallia méritait une récompense. L'intérêt d' Honorius à ménager un allié victorieux, lui céda les régions de la Gaule que nous connaissons aujourd'hui sous les noms de Poitou, Saintonge, Périgord, Bordelais, Angoumois, Agénais, et toute la Gascogne jusqu'aux Pyrénées. Le prince des Goths fit sa résidence à Toulouse, et ses successeurs y régnèrent jusqu'à la venue de Clovis, roi des Franks, qui détruisit leur monarchie.
Tout l'Empire faisait une halte sur la pente qui le poussait aux abîmes. Honorius, qui n'avait point de postérité, força sa sœur Placidie à épouser un de ses officiers, nommé Constance. La veuve d'Ataulfe crut descendre des hauteurs de son veuvage en acceptant la main d'un courtisan ; mais il fallut obéir. L'époux reçut pour dot le titre de Patrice; devenu père de Valentinien 111, il obtint le titre d'Ai;guste, et envoya, selon la coutume romaine, son portrait à Constantinople, pour se faire
reconnaître de Théodose II en qualité de collègue d'Honorius. L'empereur d'Orient refusa de correspondre d'égal à égal avec un homme né loin du trône. Constance, irrité de ce dédain , méditait pour vengeance la conquête de l'Orient, et l'ajournait à la mort d'Honorius, dont la santé détruite par l'excès des plai sirs s'inclinait vers la tombe; mais il mourut lui-même au bout de sept mois.
Honorius le suivit de près; une hydropisie l'emporta le 15 août 423, à l'âge de trente-huit ans, après vingt-sept ans do règne. Si toujours gouverné il n'avait prêté que son nom aux affaires, il avait eu du moins quelques vertus privées. Plusieurs lois qui lui ont survécu consacrent sa devise que, « sous le règne des bons princes, l'humanité doit tempérer la justice. »
11 avait étendu le droit d'asile à cinquante pas hors des églises, afin que les malheureux réfugiés pussent sortir de l'enceinte, voir le ciel et respirer un air plus pur. Une autre loi ouvrait aux évêques la porte de toutes les prisons , et leur permettait d'y porter aux captifs toute sorte de soulagements. Le même prince modéra la rigueur du fisc dans le recouvrement des impôts, et les excès d'oppression que les anciennes lois autorisaient les créanciers à commettre envers les débiteurs insolvables.
Ce fut un malheur pour ce prince d'être né pour régner dans des temps pleins de troubles. Il ne comprenait que la paix , < l il vit l'Occident ravagé par la guerre. Son père avait raffermi les fondements de la puissance romaine, et son incapacité les détruisit pour toujours.
Peu de temps avant sa mort, il avait exilé Placidie pour des motifs que l'histoire ne saurait éclaircir. On a dit , sans le prouver, qu'il brûlait, pour cette sœur, d'un amour condamné par la morale et par la religion , et que les évêques l'avaient contraint de s'en séparer violemment. Quelques historiens ont cru qu'elle