LIVRE SIXIÈME
qu'au lieu d'aller au loin veuger une injure, il fallait pourvoir au salut de ses États. Il se hâta de joindre Âëtius, en appelant aux armes tous les cantons gaulois.
11 s'agissait de vivre ou de mourir, car le nom de Hun était synonyme de catastrophe : que pouvait-on espérer d'une race sans lois et sans Dieu , dont les débordements ne laissaient derrière eux que la mort, assise au centre d'un déserti
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Dans ce désastre public le courage et la charité des évêques suppléaient à la timidité ou réparaient la perfidie des chefs militaires qui ne savaient plus défendre ou vendaient les cités. La sainle Église de Jésus-Christ, mère des martys au temps des persécutions religieuses, enfanta des héros sous l'aube du prêtre pour défendre le foyer de ses enfants contre la rage des Barbares. La garnison d'Orléans se composait d'Alains à la solde de l'Empire. L'inaction de leur chef aux approches de l'ennemi , le faisait soupçonner d'intelligences secrètes avec Attila. Saint Agnan (Anianus), évêque de la ville, pasteur admiré pour ses vertus et plein de cette fortitude de cœur que donnent le mépris des choses d'ici-bas et la conscience de la vie éternelle, prit sur lui, sans accuser les Alains, tous les soins d'un commandant de place forte. Avant qu'Attila eût passé la Seine, il se hâta de restaurer les murs d'Orléans, fit des amas de vivres pour soutenir un long siège, et prêcha le patriotisme à son troupeau. Ses messagers couvraient les routes pour aller au-devant des faibles secours qu'il appelait de tous côtés. La lenteur d'Aëtius le désolait; mais résolu de vivre ou de mourir au poste que Dieu lui avait donné en garde, il se tenait enfermé avec les habitants groupés autour d'une croix qu'il jurait de tenir haut sur les remparts.
' Les Huns arrivèrent. Us assaillirent avec fureur le côté de la ville qui s'étendait sur la rive droite de la Loire ; ils mirent en
œuvre toutes les machines usitées dans les sièges, et tentèrent plusieurs fois T escalade.
Pendant que les hommes combattaient sur les murailles, les femmes et les enfants, prosternés au pied des autels, élevaient leurs cris vers le Dieu des victoires. Une pluie d'orage qui dura trois jours ayant suspendu les attaques, saint Agnan sortit de la ville avec ses prêtres et se rendit au camp d'Attila, pour essayer de le fléchir. Il lui parlait au nom du Ciel et ne dédaigna point d'embrasser les genoux du Barbare , pour obtenir de ce loup féroce la vie de ses ouailles. Mais que pouvait la prière sur Je Génie des ruines?
« Je ne connais point ton Dieu! » s'écrie Attila ; « mais tu connaîtras les Huns : j'ai juré de ne pas laisser une pierre debout sur l'autre tout le long de ma route ; abats ta ville pour me faire place ! »
L'évoque revint consterné , mais il cacha sa douleur aux Orléanais, pour ne point amollir leur courage.
— «Qu'allons-nous devenir? » lui disait-on de tous côtés, quand il rentra dans les murs.
— « Combattons et prions ! Dieu se déclare pour les gens de cœur ([ui mettent en lui leur foi ! » répond saint Agnan ; et Ton court aux murailles avec une nouvelle ardeur.
L'orage ayant cessé, les Huns livrèrent un quatrième assaut. Leur multitude était si grande qu'on ne put y faire face partout à la fois. Les portes furent enfoncées, et le torrent barbare s'engoutYra dans la place. Les malheureux Orléanais, pris entre les remparts et leurs maisons qu'ils ne pouvaient regagner pour s*y défendre, n'attendaient que le pillage et la mort, quand tout à coup des trompettes romaines se firent entendre sur la rive gauche de la Loire
C'étaient Aëtius et Théodoric qui entraient dans la ville à la même heure qu'Attila. Les Huns ignoraient tellement les pre-