‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 32 sur 222 · LIVRE SIXIÈME. 6f · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. 6f

miers principes de la guerre, qu'Aëtius avait pu traverser toute la Gaule, pour venir d'Arles à Orléans, sans que sa marche fût même soupçonnée. L'armée romaine les trouvant en désordre, comme il arrive pendant les premières heures d'une prise d'assaut, tombe sur eux de tout son poids. Orléans est inondé du sang de ses vainqueurs; les uns se refoulent hors des portes, s'y étouffent; les autres, aveuglés par le péril, sautent dans la Loire, dont le courant les entraîne; ceux qui se défendent sont hachés. ♦

Le saint évéque, oubliant alors les cruelles menaces d'Attila , ne voit plus que des hommes dans ces ennemis qu'on écrase : il court çà et là pour arrêter le massacre, et pour obtenir qu'on fasse des prisonniers, dont il fera des chrétiens. Les bras sont las de tuer, sa voix est entendue, et la pitié recueille les débris de l'extermination.

Attila, hors des murs, ralliait les fuyards; écumant de fureur au spectacle de sa défaite, il s'enfonça du côté de la Belgique, laissant Orléans pour rempart à la Gaule, et pour limite à ses ravages.

Aëtius et Théodoric se jetèrent sur ses traces; mais l'effroi de son nom les dominait encore, et malgré l'avantage qu'avaient obtenu leurs armes, ils croyaient assez faire pour leur gloire et pour le salut de l'Empire, s'ils parvenaient à le pousser sans bataille au delà du Rhin.

Troyes se trouvait sur le passage des Huns. L'évêque, saint Loup, sortit au-devant d'eux, avec son clergé, la croi\ en tête.

— « Que veux-tu? » lui crie Attila.

— « La paix de Dieu pour ma cité.

— c( Je suis le fléau de ton Dieu !....

— « C'est vrai , » repart saint Loup ; « mais si le fléau résiste au Dieu qui s'en sert , ce Dieu peut le briser !...

— « Qui donc es-tu pour braver Attila?...

— « Je ne suis pas tueur d'hommes, et je donne ma vie pour mon troupeau.

6â LES HÉROS DU CHRlSTfANlSME.

— « Si tu es pasteur d'iiommes, tu connais les chemins; inarche devant moi jusqu'au Rhin : là, tu seras libre. »

Et les hordes passèrent devant Troyes sans couper un rameau d'arbre; ainsi l'avait ordonné Attila , à la prière de son guide.

Quel spectacle que cet évèque gaulois, prisonnier des Barbares, escortant la retraite d'une invasion et protégeant les champs qu'elle traversait!

Les deux armées se suivaient toujours. Elles arrivèrent bientôt dans les vastes plaines de Campanie, qui ont donné leur nom à la Champagne moderne,

Devant ce large horizon , le cœur d'Attila s'épanouit; sa poitrine sauvage aspirait l'air à pleins poumons. Les spectres des morts qu'il avait laissés dans Orléans se dressèrent tout à coup devant lui , et une voix secrète lui disait : « Attila, Attila, sortiras-tu des Gaules en vaincu?...»

Jamais terrain ne s'était offert plus propice au déploiement d'une immense cavalerie. L'historien Jornandès dit que ces plaines s'étendaient en longueur à cinquante lieues, sur plus de trente de largeur; il les nomme Champs Catalauniques. Les modernes ne s'accordent pas sur leur situation précise, soit entre la Seine et la Marne, du côté de Troyes, soit au delà de la Marne, du côté de Chàlons.

Attila , je vous Tai dit , n'avait point de croyances rehgieuses; cette nature vorace tenait le milieu entre l'homme sauvage et la bête fauve ; c'était une machine meurtrière qui portait en elle-même la loi de sou mouvement, et qui frappait sans avoir conscience de son but. L'immensité des Champs Catalauniques ouvrait carrière à ce chasseur de peuples qu'on forçait à fuir comme un tigre blessé. Il déposa sa proie saignante pour se retourner contre ses poursuivants.

Quand les hordes humiiques s'arrêtèrent au signe de leur

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