‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 33 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

farouche conducteur, Aëtius fît halte. Les deux bannières du monde passé et du monde à venir, de Rome et des Barbares, se trouvaient face à face.

Du côté d'Aëtius et d'une poignée de Romains, il y avait les Visigoths, les Armoricains, les Gaulois, les Bourguignons, les Alains, les Franks de Mérovée.

Du côté d'Attila, il y avait en tête, en queue et sur les flancs des Huns, d'autres Franks et d'autres Bourguignons, tard venus au partage de l'Europe romaine; il y avait des Thuringiens, des Gépides.

Tous ces Barbares, entassés dans le pêle-mêle de deux camps, avaient ouï parler de l'Évangile. Les Goths étaient les premiers enfants de la famille germanique appelés au Christianisme. Ils avaient reçu le baptême dès le troisième siècle par les mains des chrétiens qui fuyaient les persécutions pour ne pas perdre leur foi dans les convulsions du martyre. Ce germe de civilisation était encore bien frêle ; « les Goths aux cheveux blonds, » dit saint Jérôme, « avaient parmi leurs tentes des églises portatives, » c'était là toute leur religion, mais c'était le commencement d'une conquête morale qui s'étendit sur les Gépides, les Vandales, les Alains, les Suèves, les Hérules.

Au milieu de ces grossiers néophytes s'élevait la terrible incrédulité d'Attila, l'homme de l'épouvante universelle; mais Attila ne devait que passer. Sa mission était de conduire à Fœuvre les ensevelisseurs d'une civilisation décrépite; chargé d'ouvrir le sillon du temps et d'y verser une rosée sanglante, il ne devait pas voir monter les fruits du champ qu'il avait défriché.

XU

L'évêque de Troyes était à côté d'Attila, quand Tordre fut donné de préparer la bataille.

— « Pasteur d'hommes, » lui dit le Hun, en lui montrant l'armée romaine, « sont-ce là tes brebis? Je \ais leur donner du fer à brouter sur les pacages de la Mort!... Et quand je les aurai rassasiées, nous irons laver leurs toisons dans l'eau bleue du Rhin.

— « Guerrier, » répondit saint Loup avec une tristesse grave, «si tu m'en crois, tu ne tireras point l'épée, car, vois ces champs ai'ides ; on dirait qu'ils attendent pour verdir une pluie de sang; je vois. deux armées, malheur à celle qui commencera le combat!

— c< Vieillard , sais-tu lire dans l'avenir?

— « Quelquefois , lorsque j'écoute au fond de mon âme la voix secrète de mon Dieu.

— « Eh bien, » reprit Attila, « ton dieu te trompe ; mais moi je ne te tromperai pas. J'ai promis de te faire libre aussitôt que tu m'aurais montré les roseaux du Rhin : maintenant j'ai autre chose à faire, et tu m'es inutile. Retourne auprès des tiens, va leur dire qu'Attila, maître des peuples, est esclave de sa parole, et ajoute que je m'arrête ici pour tuer dix fois autant de Romains qu'on n'a tué de Huns dans Orléans. Après cela, j'irai te visiter dans ta ville, mais aucun mal ne lui sera fait, parce que tu es un homme de paix et que tu as mangé le pain d'Attila. »

Surpris de cette générosité, l'évêque de Troyes reprit son bâton de voyage. « Je voudrais te bénir, » dit-il au Hun, « à cause du salut que tu promets à ma cité, mais il ne m'est pas permis d'invoquer le Ciel en faveur du ravageur de la terre. Je demande cependant à mon Dieu, pour prix de ton bienfait, qu'il détourne aujourd'hui de ta tète l'orage qui va faucher tant de milliers de vies!...

— « Tant mieux î » s'écrie Attila , « plus il y aura d'hommes forts devant ma face, plus grande sera la fête des oiseaux de proie ! Les heures de la vie s'écoulent autour du vaisseau qui flotte sur les âges, et les Huns rient quand il faut mourir!... »

Cependant il n'était pas sans inquiétude. La parole de l'é-

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