‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 34 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

\êque avait semé dans son cœur un trouble mystérieux dont il s'irritait sans pouvoir y résister. Après le départ de saint Loup, il fit appeler des devins Scandinaves qui suivaient son armée en vendant leurs pronostics aux Barbares avides de butin.

— « L'homme des Gaules que je viens de renvoyer, » leur dit-il, «m'a prédit qu'à leur festin du soir chacun de mes guerriers mangerait le cœur d'un Romain : êtes-vous de l'avis de Fhomme des Gaules? »

— « Maître, » lui répondirent les devins, nous avons jeté les sorts, et ils annoncent une victoire, mais elle n'est point pour toi. Un grand chef se noiera dans le sang qui va couler, mais ce chef ne sera pas Attila. Tu reverras le flauve de ton pays , mais bien peu d'hommes le reverront avec toi ; les autres boiront l'eau d'un rouge torrent, jusqu'à l'ivresse dont on ne se réveille plus. »

Le jour était sur son déclin ; l'approche des ténèbres s'emplissait d'une vague terreur, et les deux camps frissonnaient au seuil de leurs destins ignorés. De part et d'autre, on n'avait point allumé de feux : les Huns, parce qu'ils ne savaient point se garder des surprises; les Romains, parce qu'ils voulaient se dérober à la surveillance de l'ennemi.

Aëtius avait dessein d'attaquer vers le milieu de la nuit, avec l'espoir de trouver les Huns plongés dans l'accablement du sommeil. 11 ne soupçonnait point qu'Attila se préparait dans l'ombre à lui porter le même coup.

Les chefs des bandes germaniques ramassées depuis le Danube jusqu'uu Rhin , se rassemblèrent dans la tente du chef des Huns, pour recevoir ses ordres suprêmes.

« Je ne vous ai point appelés , » leur dit Attila , « pour vous exhorter au courage; vous savez qui je suis, et je n'ai pas oublié qui vous êtes. Notre vie à tous* c'est la guerre, votre

devoir est d'obéir au froncement de mes sourcils; ma volonté est de venger, cette nuit , les couipagnons que j'ai perdus. Nous sommes les dominateurs de la plaine ; les Romains ne sont forts que derrière les murailles où les abrite la peur. Ils ont appelé à leur secours les Alains , les Yisigoths et les Franks ; mais ces fragiles auxiliaires ne sont que les serviteurs de l'esclavage. Vous mépriserez ce ramas d'ennemis désunis de mœurs et de langage , associés par l'épouvante que je secoue sur leurs têtes. Le corps ne peut se tenir debout quand les os se détachent : frappez fort, ce squelette d'armée va tomber en débris! Heureux ceux qui meurent en fouillant la poitrine d'un brave ennemi; peu d'eatre vous auront cette gloire, car il n'y a devant nous que des cœurs lâches. Souvenez-vous des ruines qui ont partout jonché notre course indomptable ; ici nous n'avons que la terre à fouler, mais il faut que l'herbe ne croisse plus, partout oii, cette nuit, vous aurez suivi le cheval d'Attila!... »

C'est ainsi que le héros des Huns inspirait à ses compagnons une confiance qui lui manquait à lui-même. Mais il y avait en son âme une force d'impulsion qui le menait, par des voies irrésistibles, à l'accomplissement de ses destinées. Il fallait que son bras, même en se brisant, détachât de sa base une des assises du vieux monde, afin que le dernier envoyé du Dieu vengeur des martyrs n'eût plus qu'à souffler, pour abattre la Babylone romaine.

KIJU

Le conseil barbare se séparait à peine pour aller donner le signal de la marche nocturne, que déjà l'action commençait.

Deux partis, l'un de Franks, auxiliaires d'Aëtius, l'autre de Gépides, associés aux Huns, envoyés à la découverte ou rôdant au hasard, s'abordèrent dans les ténèbres et se heurtèrent avec tant de furie au passage d'un ruisseau qui traversait la plaine,

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