‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 36 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Aëtius rendait justice à ses grandes qualités, mais il considéra sa mort comme une heureuse fortune pour ses propres espérances. Cette mort le dispensait de partager l'honneur d'un triomphe qui allait retentir aux extrémités de l'Empire, et le grandir sur le pavois de la gloire, plus haut que le trône oii rampait un empereur sans épée.

Au milieu de la pompe lugubre qui jonchait de lauriers sanglants la fosse de Théodoric, l'aîné de ses fils, Thorismond, fut acclamé roi par ses compagnons d'armes. Il ne voulait accepter le diadème desGoths que sur le cadavre d'Attila : «C'est dans le camp des Huns, » s'écriait-il, « que doit commencer mon règne! C'est de mon père vengé que je veux le dater!... »

Peu s'en fallut qu'il n'entraînât sur-le-champ ses Visigoths décimés à travers les hasards d'une suprême extermination.

Aëtius contint cette fougue; couvert d'assez de gloire pour les besoins de l'avenir auquel aspirait son ambition , il ne voulut pas permettre à ses alliés une témérité qui pouvait anéantir son triomphe ou en éclipser l'auréole. Il eut l'adresse d'enchaîner, sous les liens de ses flatteries caressantes, la dangereuse ardeur de ce jeune rival qui allait faire ombre à son soleil. « Tiiéodoric n'est plus, » dit -il à Thorismond; « mais sa gloire est vivante, et les Goths ont en vous reconnu son génie. Héritier d'un grand homme, vous avez, dès cette heure, d'autres devoirs qu'un soldat. Tout un peuple, épouvanté par la guerre affreuse que nous avons soutenue, a besoin que votre présence le rassure et que votre épée couvre son foyer. Attila n'est plus à craindre, laissons-le fuir pour montrer au monde les lambeaux sanglants de sa défaite sans exemple. Mais d'autres Barbares sont encore debout aux portes de l'Empire, et si la fatalité vous frappait aujourd'hui dans un effort inutile, Rome et les Goths, ses nobles alliés, reprocheraient h votre mémoire de les avoir abandonnés. Vous voulez venger votre père : mieux vaut éterniser son nom, en élevant plus haut, toujours plus haut, les destins de la nation qu'il

vous a leguce. »

Aëtius ajouta cinq cents livres d'or à ces exhortations; ce fut un poids lout-puissant dans la balance des irrésolutions du jeune prince. Les arguments dorés paraissent sans réplique. Thorismond jugea qu'un ami si généreux se connaissait en vraie gloire; il se mit en route avec une joie d'enfant, pour aller monirci^ dans Toulouse, la capitale visigothe, à quel prix les Romains du Bas-Empire élevaient la fragile alliance des Barbares.

XLVT

L'éloignement des Visigoths laissait un large vide au sein de l'armée d'Aëlius. Mais dans l'état de détresse où Attila se voyait réduit, les Romains n'avaient plus qu'à tenir ferme pour contenir ses derniers efforts et le pousser hors de la Gaule. Des sept cent mille hommes qui composaient l'armée des Huns aux premiers jours de l'invasion, il en était tombé un grand nombre à l'attaque des forts qui gardaient les hgnes du Danube. Attila estimait le temps plus que les hommes, et dans la rapidité de ses marches , il prodiguait leur sang. Les perles qu'il avait éprouvées dans l'assaut livré à toutes les places qu'il avait pillées, son désastre dans les murs d'Orléans, et sa dernière défaite l'avaient épuisé. En apprenant la retraite des Goths, il crut d'abord que ce mouvement de recul n'était qu'une feinte pour l'attirer hors de son camp; mais lorsqu'il en fut assuré, il ne songea qu'à profiter de la liberté de fuir, et se dirigea rapidement sur le Rhin, au delà duquel il ne craignait pas d'être poursuivi. Aëtius ne chercha pas à l'inquiéter; il était assez heureux d'escorter de loin sa déroute, et d'éviter un engagement désespéré.

Telle fut la fin de cette invasion qui laissa dans tout l'Occident une mémoire d'horreur et d'épouvante que le nom d'Attila réveille encore après tant de siècles.

La marche des Huns, en avançant, s'était creusé une route

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