LIVRE SIXIÊiME
de Tétat des murailles . et nous avertit qu'elles sont prèles à tomber. » 11 n'en fallut pas davantage pour animer le courage des assiégeants; ils retournent à l'assaut; sous le poids des masses qui s'y cramponnent, un pan de mur se renverse et ouvre une large brèche : habitants et soldats sont faits prisonniers ou passés au fil du glaive; la ville est saccagée et réduite en cendres.
Padoue, Yicence, Vérone, Brescia, Bergame, Milan et Pavie subirent le même sort. .
XLVÎÎI
En entrant dans Milan, Attila aperçut sous un portique un splendide tableau, où Valentinien III , usurpant la victoire d'Aëtius, était peint sur un trône d'or, entouié de Huns couchés morts à ses pieds. Il ordonna aux prisonniers^ d'effacer cette image, et se fit représenter lui-même sur le trône avec l'empereur romain chargé d'un sac plein d'or et prosterné devant lui.
On ne sait plus de nos jours, que l'opulente et voluptueuse Venise naquit des convulsions de cette époque. Quelques habitants de la Vénétie, fuyant l'approche des Huns, se sauvèrent sur les îles du golfe Adriatique et y bâtirent des cabanes aussi misérables que leur destinée. Les murailles de ces abris n'étaient que de claies d'osier, et leurs hôtes bannis de la terre embrasée vivaient du produit de leur pêche ou de la vente d'un peu de sel marin, qu'ils allaient offrir le long des côtes. Cassiodore, qui écrivait cinquante ans après, parle de ces insulaires qu'il compare à des oiseaux de passage nichés dans les algues des Lagunes, C'est de ces nids d'exilés que devaient s'élever un jour les mystérieux palais des doges, et la splendeur d'une république qui ne survécut pas à sa gloire. "* Attila s'avança jusqu'à l'endroit où le fleuve Mincio se jette dans le Pô, près de Mantoue, au milieu d'une plaine qui se nommait alors la campagne d'Ambulée.ll s'y arrêta pour déli-
bérers'il marcherait droit à Rome. Les maladies et la disette, fatales sœurs de la guerre qui confondent souvent les vainqueurs et les vaincus dans le même châtiment des luttes homicides, éprouvaient rudement son armée vagabonde. Les parties d'éclaireurs qu'il détachait au delà du Pô, pour y glaner quelque chétive nourriture, ne reparaissaient plus; ils étaient enlevés et massacrés. Aëtius, désespéré d'une surprise qui lui avait ravi son prestige , multipliait les témérités pour venger sa réputation compromise. A la tête d'un camp volant, on le voyait partout. Trop dépourvu de forces régulières pour tenter la fortune des champs Gatalauniques, il s'était réduit au rôle de partisan ; mais son génie, fécond en ressources suprêmes, savait tirer avantage d'une infériorité numérique qui eût précipité la destruction d'un chef moins audacieux. Chaque jour il changeait de poste; chaque nuit, ses cohortes légères assaillant sur des points imprévus les masses désordonnées de l'ennemi , leur faisaient subir des pertes considérables, et se repliant avec la vitesse de l'éclair , volaient frapper ailleurs des coups aussi hardis. On venait d'appiendre que l'empereur Marcien lançait des troupes au secours de son collègue d'Occident. Cette nouvelle releva pour un moment le courage de Valentinien ; il l'annonça au sénat de Rome avec une joie qui semblait toucher au triomphe : mais le sénat n'était plus qu'un fantôme gémissant sur le tombeau des ancêtres. La voix du jeune empereur n'éveilla rien de viril dans ces cœurs qui ne vibraient plus qu'à l'unisson des désastres passés et des misères à venir. Le peuple, qui se souvenait des journées d'Alaric , avait perdu la mémoire des Camille et des Marins. « Périr aujourd'hui, périr demain, » disait-il , « qu'importe au condamné ? L'agonie qui tremble à l'approche du coup mortel et que chaque instant fait tressaillir, est mille fois plus douloureuse que la mort même. Envelopponsnous la tête d'un pan de notre manteau, pour ne point voir se lever le glaive d'Attila : la résignation des mourants est le baume de la dernière heure! »