‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 5 sur 222 · LIVRE SIXIÈME. \i · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. \i

avait voulu s*emparer du maniement des affaires, et qu'accusée par les favoris d'Honorius de conspirer avec des chefs goths qui venaient la voir à Ravenne, elle avait succombé sous des intrigues de palais. Quoi qu'il en soit, elle s'était retirée à Gonstantinople avec son fils Valentinien , et elle y vivait obscurément à la cour de Théodose , lorsque l'empire devint vacant.

Un secrétaire d'Honorius, nommé Jean , crut facile d'enlever à une mère exilée et à un prince enfant l'héritage d'une pourpre qui se détachait par lambeaux. 11 se fit déclarer Auguste, et, pour se créer un immense parti populaire, décréta la liberté générale et perpétuelle des esclaves. Son second acte politique fut d'appeler les hordes des Huns au secours de son usurpation.

Le négociateur qu'il choisit pour cette alliance était un Scythe nommé Aëtius, dont le père avait acquis par ses services militaires la dignité de général de la cavalerie romaine. Aëtius, élevé dans le palais des empereurs, avait passé sa première jeunesse, tantôt chez les Goths, tantôt chez les Huns, comme otage des traités de l'Empire avec ces envahisseurs. Son séjour parmi ces races guerrières avait empreint son âme de leur trempe énergique; il connaissait tous leurs chefs et en avait emporté l'amitié. Soixante mille Huns passèrent le Danube à son ippel , et couvrirent la frontière de l'Italie.

Valentinien UT, à peine âgé de six ans, et Placidie sans trésor, sans parti, sans soldats, n'avaient de ressource qu'en Théodose. Gelui-ci pouvait revendiquer pour lui-même un héritage que le légitime possesseur ne pouvait défendre; mais il se montra généreux, et jeta une armée en Occident pour soutenir les droits de son cousin.

L'usurpateur Jean attendait encore Aëtius et les Huns lorsqu'il vit arriver les légions d'Orient. Livré par ses soldats à ceux de Théodose, il fut conduit sur un âne à Aquilée, où Placidie attendait l'issue d'une bataille. Plus malheureux qu'Attale, Jean fut abandonné en proie à la populace; après d'horribles mutilations, on lui coupa la tête.

Aëtius, accouru trop tard avec les [luns, ne retrouva pas

même un débris de son cadavre. 11 tenta pour son propre compte les chances d'une lutte qui pouvait lui donner la pourpre; la victoire, longtemps disputée, resta indécise; Placidie lui offrit la dignité de comte de l'Empire et sa confiance : il accepta, et les Huns, indemnisés de leur voyage, retournèrent dans leur pays avec le titre d'alliés du peuple romain.

Placidie régna sous le nom de son fils. Cette princesse avait senti s'éveiller tout à coup l'orgueil du commandemento Pour •perpétuer son influence, elle travailla plus à développer dans le jeune Valent inien les croyances religieuses et le respect de l'Église, que les enseignements qui devaient lui apprendre à gouverner un jour. Mais il est permis d'ajouter qu'elle se montrait digne du rôle que les circonstances lui avaient permis de saisir. C'est à son génie qu'est due la première proclamation d'une maxime nouvelle qui déclarait la majesté impériale soumise elle-même aux lois deTÉtat. «Lapuissance des lois,» disait Placidie, « fait le fondement de la nôtre; il y a plus de grandeur réelle à leur obéir qu'à commander seul et sans elle. » C'est la plus haute leçon que jamais souverain ait léguée à ses pareils.

L'Empire, en paix avec les Barbares, semblait s'élever peu à peu dans les voies d'une restauration politique, lorsque la corruption des favoris de la cour le replongea tout à coup dans le bourbier de sa décadence.

La province d'Afrique était gouvernée par le comte Boniface, héros chrétien que l'usurpateur Jean n'avait pu détaciier de sa fidélité à la famille impériale. Sa valeur faisait trembler les Maures qui n'osaient plus descendre de leurs montagnes ; sa vertu maintenait l'ordre sans violence et sans tyrannie dans les vastes régions qui lui obéissaient. Sa réputation et les honneurs dont le comblait Placidie avaient excité la jalousie d'Aëtius qui, ne pouvant ni supporter un rival, ni s'égaler à Bon iface, résolut de le perdre.

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