LIVRE SIXIÈME
cœur humilié, les maux dont vous avez été témoins se renouvelleront au centuple.
c( Une grande tempête est venue des extrémités de la terre. Les destructeurs montés de l'Aquilon s'abattront sur vous, comme ces nuées de sauterelles qui dévorent l'herbe des champs. Comme Rome a fait tomber les saints sur toutes les routes de la terre, ainsi les maudits de Rome tomberont à leur tour jusqu'aux extrémités de la terre; jetés çà et là, leurs cadavres infecteront Tair, et les sept collines dégoutteront de leur sang.
«Rome sera abandonnée au pélican et au hérisson; elle deviendra le séjour des corbeaux et des hiboux ; Dieu étendra sur elle le cordeau de la destruction , et elle n'offrira plus qu'un monceau de ruines. Il n'y aura plus là ni princes, ni empereurs, ni royaume; tous les grands qui faisaient son orgueil seront ensevelis avec les petits dans la même poussière. Les épines et les orties couvriront les palais; les ronces croîtront parmi les pierres du Capitole , et les serpents y feront leur demeure impure.
«Comme le lion qui monte de sa retraite, le brigand des nations s'est levé; il est sorti de son désert pour faire de votre terre une solitude. Peuple de Rome, toutes vos villes seront ravagées et demeureront sans habitants. La mort montera par vos fenêtres, pourétoutïer vos enfants dans le berceau; et elle descendra par vos terrasses pour exterminer vos jeunes gens sur vos places publiques. Les cadavres tomberont sur la face de la terre, comme la fange et comme l'herbe derrière les moissonneurs, et nul ne les relèvera.
« Que celui qui se croit sage ne se glorifie donc plus dans sa sagesse ; que le fort ne s'appuie point sur sa force ; que le riche ne se croie point à l'abri derrière le coffre oii gît son or. Mais plutôt couvrez-vous de cilices, pleurez et priez , afin que la colère de Dieu se détourne de vous. Et alors, si votre repentir est sincère , le Seigneur des armées ôlera de dessus votre cou le joug de l'ennemi; il le brisera, et les féroces étrangers qui parlent des langues inconnues ne domineront plus sur vous. Et
m LES HIÎROS DU CHRISTIANISME.
alors, selon sa promesse de miséricorde, il sera votre Dieu et \ous serez son peuple, pour le temps et pour l'éternité. »
LU
Ainsi parlait l'homme saint que la lumière des prophètes avait illuminé.
L'empereur Valentinien lll, le sénat et le peuple de Rome Técoutaient avec stupeur. Les païens et les faux convertis se disaient : « Nos dieux sont contre nous, parce que nous les avons abandonnés. » Les chrétiens, pervertis par les mœurs du Bas-Empire, se soulevaient à peine de la litière du vice pour jeter un regard incrédule sur l'imposant vieillard qui parlait au nom du Ciel. Le murmure du doute passait de tous les cœurs sur toutes les lèvres : « Alaric n'a laissé à Rome que les yeux pour pleurer, » disait-on de toutes parts, «et cependant Alaric était chrétien! Que pouvons-nous attendre d'Attila, qui n'a point de dieu? Les Gotlis ont pris les dépouilles de Rome, Attila vient dévorer le cadavre ! ... »
— «Hommes de peu de foi, » reprit le saint, «faites pénitence pour préparer les voies du Seigneur! J'irai trouver Attila, €t, avec la permission de Dieu , je changerai en agneau ce loup dévorant. »
Par quelle magie un seul homme , un vieillard osait-il se flatter d'adoucir un Barbare que les Barbares eux-mêmes n'abordaient qu'en tremblant?
Voilà ce que se demandaient les derniers païens de Rome.
Par quelles prières un saint même pourrait-il arrêter Attila, l'homme sans dieu, lorsque le saint ermite Probus n'avait obtenu d' Alaric, chrétien, que cette foudroyante parole : « Ce n'est pas ma volonté qui me conduit ; j'entends sans cesse à mes côtés une voix mystérieuse qui me crie : Marche, marche, et va saccager Rome ! ... »
Voilà ce que disaient les chrétiens; et la détresse générale