‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 42 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

était si profonde, qu*au lieu de prendre les armes pour défendre, au nom du Dieu des armées, le tombeau des Apôtres et les églises bâties par les victoires de Constantin, Rome sondait ses catacombes pour y prendre la mesure de son cercueil.

Pendant que la grande cité se lamentait dans l'agonie de la peur, l'homme saint qui avait dit avec foi : « J'irai trouver Attila , » prenait pour armo la simple houlette sur laquelle s'appuient les vieux pasteurs, et il s'acheminait du côté des Huns, en repassant dans son cœur ces paroles du livre sacré :

« Le mal ne viendra pas à la rencontre de Thomme qui craint le Seigneur ; mais dans ses périls Dieu le conservera et le délivrera du mal.

« Ayez pitié de nous. Dieu de toutes choses, et montreznous les lumières de vos miséricordes.

« Élevez votre bras sur les nations étrangères , afin qu'elles voient votre puissance , et qu'elles connaissent , comme nous l'avons connu, qu'il n'y a point d'autre Dieu que vous, Seigneur.

« Renouvelez vos miracles et reproduisez vos merveilles, faites grâce à votre peuple, sur qui votre nom a été invoqué, sauvez sa ville que vous avez sanctifiée par le sang de vos martyrs.

« Ma vie s'approchait du tombeau , et les ennemis de votre nom m'entouraient de tous côtés, et nul n'était \k pour me secourir ; j'attendais le secours des hommes, et il n'en était point pour moi. Alors, je me suis souvenu , Seigneur, de votre miséricorde et de vos œuvres dès le commencement du monde.

« Vous délivrez. Seigneur, ceux qui croient en vous, et vous les urrachezaux mains des nations. Vous nous délivrerez de la ruine, et vous nous arracherez au joug de l'iniquité, afin que toute la terre sache encore une fois que vous êtes le Dieu des vivants! »

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Deux sénateurs, Gennadius Aviénus et Trigélius, s'étaient aussi dévoués aux risques périlleux de ce voyage vers les camps hunniques. Aviénus était un patricien considérable par les emplois qu'il avait exercés ; personnage consulaire, il se prétendait issu du sang des héros de la vieille Rome. Trigétius avait été préfet du prétoire de la province d'Italie. Tous deux s'indignaient des faiblesses de l'Empire, et jaloux de l'élévation d'Aëtius, ils espéraient s'illustrer en achetant la paix d'Attila et la retraite de ce Barbare que l'épée ne pouvait détruire. Chargés des pleins pouvoirs de Yalentinien pour traiter à tout prix du salut de sa pourpre, ils se croyaient les véritables ambassadeurs de l'Empire, et préparaient, chemin faisant, une harangue pompeuse, pour abriter la décadence de Rome derrière la majesté de leur langage.

Mais quand les trois voyageurs de la cité en détresse arrivèrent en face de l'avant-garde des Huns, Aviénus et Trigétius sentirent leur courage défaillir aux clameurs des bandes hideuses qui tourbillonnaient autour d'eux comme des nuées de démons. Us reculèrent, sous leur toge pourprée, derrière l'homme saint, qui seul n'avait point pâli.

On les lit prisonniers, pour les conduire en présence d'Attila, comme un vil butin qu'amenait le hasard.

Le Hun prenait à cette heure son grossier repas de viande macérée sous la selle des cavaliers. Oreste, son secrétaire, lui versait à pleine coupe le vin d'Italie, pendant que des bardes gépides, assis en face de lui , chantaient ses exploits.

L'apparition des trois Romains ne suspendit point ce sauvage concert ; Attila buvait l'ivresse de l'orgueil avec celle du vin : n'était-ce pas son droit de géant au milieu des ruines ?

Quand les bardes eurent achevé et bu à sa gloire, il daigna s'occuper des nouveaux venus.

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