LIVRE SIXIÈME
frein qu'on lui impose pour la première fois ; puis, se tournant d'un brusque mouvement vers Avicnus et Trigétius : « Lequel de vous, » leur cria-t-il, « eût osé me tenir le même langage?»
Les deux ambassadeurs de Valentinien baissèrent la tête, et ne répondirent que par un geste suppliant.
-— « Assez! » reprit le Hun , « vous êtes dignes de celui que vous appelez votre maître, et dont je ne voudrais point pour me verser à boire ! j'ai rencontré un homme plus fort que ceux qui portent le glaive : j'aime son courage, et à cause de lui, je passerai , cette fois, devant Rome sans la détruire.
« Le pouvoir qui me pousse à travers les nations veut que je me repose ; mais le sommeil d'Altila n'est pas long ! Allez dire à votre maître que je lui accorde une année pour me livrer sa sœur Honoria, dont je garde l'anneau, et que si, ce terme expiré, il ne m'a pas donné l'Italie, comme il a donné aux Goths la Gaule, je viendrai moi-même remanier le partage du monde. »
Ce n'était qu'une trêve ; mais la grandeur d'âme du saint pape Léon sauvait la Chrétienté par l'ordre de la Providence. En châtiant le monde par le fer des nations. Dieu ne voulait livrer Rome qu'à des Rarbares évangélisés , afin que la pierre angulaire de l'Éghse ne fût point submergée dans son naufrage.
Au mois de juillet 452 , Attila reprit à petites journées le chemin du Danube. Les Huns, mécontents de cette retraite imprévue, qui les ramenait les mains vides des dépouilles de Rome, se vengèrent de leur chef par un sarcasme. Attila, disaient-ils, ne pouvant être vaincu par les hommes, s'est laissé prendre au piège par un lion et par un loup. C'était une allusion bizarre au sens latin du nom de l'évêque saint Loup {Lupus), qui, l'année précédente, avait sauvé la ville de Troyes, et à celui du pape saint Léon (Léo), qui venait de sauver Rome.
Les populations chrétiennes n'apercevaient pas la main mystérieuse qui se montrait partout alors, à défaut des hommes. Comment les Rarbares l'eussent-ils pu deviner?
LVIT
Leur retraite fut inquiétée pDr les légions que Marcien avait envoyées au secours de Yalenlinien. Ces lésions n'osèrent hasarder une bataille , mais il y eut des assauts d'arrière-garde qui firent éprouver aux Huns des pertes considérables.
Attila fit dire à Marcien que sa vengeance irait bientôt le trouver à Constantinople.
— « Il me trouvera hors des murs ! » répondit l'empereur d'Orient.
Mais, celte fois, la mort fit son œuvre sans recourir au bras des batailles. Attila, ce broyeur d'hommes, qui passait et repassait sur la terre comme une trombe de sang, creva comme les terribles météores, du trop plein qu'il avait absorbé.
Il menait partout avec lui, dans ses expéditions, un sérail composé de femmes captives qu'il avait enlevées sur tous les rivages. Polygame gigantesque, il répandait, en courant le monde, dit l'historien Jornandès, des fils qui formaient à eux seuls tout un peuple, et ses filles, devenues à leur tour ses épouses, étendaient à l'infini sa monstrueuse lignée. A son retour d'Italie, il ramenait, parmi son butin, une perle de beauté, ravie, dit-on, dans le pillage d'Aquilée ou dans les dernières dévastations qui signalèrent sa retraite. Cette fille se nommait lldico; elle était, selon les uns, de race hongroise, persane selon d'autres. Quoi qu'il en soit, il lui fallut subir les noces funestes que lui imposait l'esclavage. Le vieil Attila les célébra par un grand festin qui se prolongea dans le tumulte de l'ivresse et qui devait finir dans le silence de la mort.
Le lendemain, les esclaves qui veillaient aux abords de son palais de bois, surpris de ne le point voir paraître, alors que le soleil était depuis longtemps haut dans les cieux , mais n'osant pénétrer auprès de lui sans son ordre , tentèrent de l'éveiller en faisant un grand bruit; et comme aucun signe d'existence