‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 46 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

ne leur répondait de l'intérieur, l'inquiétude les saisit et ils forcèrent les portes.

Sur un lit de fourrures amoncelées gisait le corps déjà froid d'Attila. Son visage était violacé par la morsure d'un trépas aigu, qui semblait avoir arrêté le cri suprême sur ses lèvres affreusement contractées. Près de lui se tenait , accroupie sous son voile, la triste compagne de sa nuit funèbre; elle ne répondit à aucune question., ou, si elle parla, ce qu'elle put dire n'a point d'histoire.

Attila fut-il frappé par une Judith vengeresse des malheurs de sa patrie, ou par un de ses gardes, plus tîdèle à l'or d'Aëtius qu'Édécon ne l'avait été à l'or de Chrysaphe? Périt-il victime d'un excès de débauche, par la rupture d'une artère, ou par une hémorragie nasale? Chaque chronique le tue d'une manière différente; mais toutes s'accordent à dire qu'il fut trouvé noyé dans des flots de sang. Si la destruction de cet homme terrible fut le fruit d'un meurtre , les Barbares de sa race en gardèrent le secret, pour ne pas diminuer le prestige que son nom seul exerçait encore.

LVIIÏ

On Texposa, au milieu d'une immense plaine, sous une tente de soie. Tous les Huns vinrent se prosterner au pied du catafalque où ce chef redouté dormait son dernier sommeil. Les braves se découpèrent les joues, selon leur mode sauvage, pour le pleurer, disaient-ils, avec des larmes de sang, les seules dignes de sa gloire.

L'élite des cavaliers de chaque peuplade forma ensuite un cercle autour de la tente, et se mit à tournoyer au galop en hurlant les louanges du guerrier incomparable. Ces adorateurs de la fatalité, qui ne soupçonnaient rien au delà du tombeau, regardaient le repos sans fin de leurs morts comme le sommeil heureux de la béte fauve qui digère en paix la proie de sa der-

nière chasse. Leur idiome imagé, dont il nous reste peu de monuments, était comparé par les Grecs et les Romains à des croassements de corbeaux que l'on ne pouvait traduire en langage humain ; ce mépris de la barbarie s'accordait mal avec l'humiliante faiblesse de l'Empire. Les Grecs et les Romains étaient bien forcés de comprendre les croassements des Barbares, quand ceux-ci, parlant en maîtres, levaient la dime de l'épouvante sur les lâchetés d'un monde en détresse.

La mort d'Attila marquait une halte sur le chemin des caravanes ravageuses; mais elle n'arrêtait point leurs espérances.

«Rome, » disaient les bardes hunniques, «a chancelé; quand leurs os se détachent, les géants ne sont pas plus hauts que les nains.

«Dors, Attila, fils de Mondzuch ! tu as vidé la coupe de la vie , pleine du sang des héros! Dors dans l'ivresse des hommes forts, dors pour toujours : tu n'as plus rien à faire !

« Tous ceux qui ont voulu se lever contre toi ont mêlé leurs os à la poussière de tes chemins! Les nations se courbaient devant ta face, comme les vagues des blés mûrs ondulent au vent d'été, et quand tu jetais la faux, la Mort liait tes gerbes!

«Dors, Attila, fils de Mondzuch! tu as marché plus loin que ton père en avant du front de la bataille , et tu jetais en pâture à l'oiseau de la mort les cœurs des guerriers que ton glaive abattait. Dors dans la joie des héros : ta journée de travail est finie !

« Tu laisses à tes fils le monde à partager; ils n'ont qu'à étendre une main sur l'Orient et l'autre sur l'Occident; au bruit de ton nom , Rome a chancelé ; au bruit de tes funérailles, elle s'écroulera autour de ta fosse, mais tu ne t'éveilleras point !

« Dors, Attila, fils de Mondzuch! Repose dans la joie des hommes forts ; nous arroserons du sang que tu aimais, la terre qui sera ton dernier lit , et quand sous l'herbe épaisse et haute le vent des nuits le bercera, le voyageur passera sans bruit pour ne point troubler tes songes!... »

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