LIVRE SIXIÈME
Toute Tarmée des Huns, massée dans la plaine, répétait aux échos du Danube cette complainte qui allait devenir nationale.
A ces témoignages de regrets succéda une immense orgie. On dressa des tables sut remplacement du tombeau hunnique, et l'hymne de la mort s'éteignit dans les hoquets de l'ivresse. Visitez les Tartares dans les steppes de l'Ukraine, vous y retrouvez ces traits antiques d'une race qui a traversé le temps sans altérer son type ; l'énergie seule s'y est abâtardie.
Après le festin du deuil, le cadavre d'Attila fut enfermé dans trois coffres; le premier de fer, le second d'argent; le troisième, qui contenait les deux autres, était fait de l'or enlevé aux Romains.
Le fer symbolisait le courage conquérant; l'argent figurait la part de butin ; l'or attestait la grandeur du trépassé.
On mit en terre, avec le cercueil, des trophées d'armes, des harnais ornés de pierres précieuses, des ornements militaires, dépouilles du champ de bataille, des drapeaux.
Les femmes d'Attila , qui ne devaient plus appartenir à personne, furent égorgées au-dessus de la fosse ouverte: lamentable hécatombe offert à la sinistre majesté du trépas! Ces infortunées, dans la croyance des Huns, allaient être les gardiennes de sa soHtude souterraine.
Comme aux funérailles d'Alaric , ceux qui avaient enseveb le cadavre furent précipités avec lui dans la nuit éternelle. C'étaient de vaillants compagnons de bataille; ceux-là tendirent la gorge au couteau avec l'enthousiasme de la destruction. Frapper , puis être frappé , rire et mourir , souvenez-vous que c'était là toute leur histoire.
Ainsi finit l'oraison funèbre d'Attila, telle que nous Font gardée les primitives légendes du moyen âge. On y trouve, avec
la poésie du désert et la férocité des hordes hunniques, je ne sais quel parfum sauvage qui fait tressaillir la pensée.
La tombe d'Attila s'est effacée du sol de l'Europe sous le pied des révolutions séculaires de l'Humanité ; les pâtres modernes du Danube redisent d'autres chansons du passé en foulant au hasard sa poussière inconnue, mêlée à tant d'autres poussières, tant ce qui reste des existences les plus fameuses est peu de chose, tant la mémoire aui leur survit est voisine de leur néant 1