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LES BARBARES AU PIED DE LA CROIX

Il existe, au milieu des soci*^tés r.:odernes, un homme qui n'a point de famille, mais qui est de toutes les familles;

Un homme qu'elles appellent comme témoin , comme conseil et comme agent dans les actes principaux de la vie ;

Un homme qui reçoit l'enfant du sein de sa mère, pour le soutenir et l'élever sur le chemin de Dieu jusqu'à la fin de ses jours;

Un homme qui sanctifie le berceau et la tombe , la couche nuptiale et le lit de mort;

Un homme que les petits enfants suivent et vénèrent, que les inconnus nomment leur père, qui ouvre son cœur aux aveux les plus intimes et aux larmes cachées ;

Un homme qui est par sa mission le consolateur de toutes les misères de l'àme, de toutes les souffrances du corps; qui attire à lui, tour à tour, le riche et le pauvre : le riche, pour verser l'aumône secrète dont le Ciel tient compte , et le pauvre, pour la recevoir sans rougir au nom du Dieu des infortunés;

Un homme enfin qui, n'étant d'aucun rang social, se lie à toutes les classes : aux classes inférieures, par l'humilité de sa

vie; aux classes les plus élevées, par sa science des choses de la terre et des choses du Ciel.

Pilote sauveur envoyé à la civilisation d'un monde naufragé, et qui domine les orages de la vie morale par l'esprit et l'autorité qu'il a reçus d'en haut, cet homme universel, c'est le Prêtre. Son histoire est un évangile vivant : c'est le testament de Jésus-Christ , perpétuellement renouvelé à travers les âges.

A quelque degré de la hiérarchie sacrée que Dieu Tait appelé, il apparaît , dès l'origine du Christianisme, sur les hauteurs du sacrifice de soi-même, pour servir d'exemple, d'encouragement et d'hostie tutélaire. « Que sous les épreuves les plus terribles, » disait saint Ignace , « l'évêque demeure ferme comme l'enclume frappée. Priez, afin que je me change en victime! »

Les princes de l'Église ne recherchaient point cette redoutable dignité; ils la fuyaient, non par crainte du péril, mais par l'humilité qui les faisait se croire indignes de souffrir. C'était souvent dans les solitudes les plus reculées que l'élection populaire était forcée d'aller saisir ces héros de l'abnégation ; elle les devinait au parfum de leurs vertus cachées. Pour faire mieux éclater la toute-puissance d'une foi simple et modeste, l'Esprit divin ne dirigeait pas toujours les suffrages vers des hommes éminents par le prestige de la science ou celui de la considération sociale. La confiance des chrétiens primitifs désignait pour l'épiscopat des laboureurs, des bergers, des charbonniers; Jésus n'avait-il pas sanctifié lui-même ces élections obscures, en prenant pour missionnaires quelques pauvres pêcheurs des lacs de Galilée? c

Il y avait d'humbles anachorètes , qui s'étaient ensevelis dans des tombes vivantes , dont ils muraient la porte pour échapper aux recherches des hommes. Quand l'autorité du métropolitain venait les sommer de prendre l'épiscopat, ils demandaient avec

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larmes une nuit de délai pour dire adieu à leur désert. Le lendemain on les trouvait sans vie au pied d'un crucifix. Ils avaient prié Dieu de leur épargner le calice de la grandeur ; et Dieu les exauçait : ceux-là étaient les héros du renoncement.

Il y avait d'autres saints, qui, par un autre héroïsme, couraient au bercail dévasté par la persécution ou parles Barbares. Quand les pasteurs avaient succombé , ils ramassaient leur houlette brisée pour défendre encore les débris du troupeau sacré, <)u pour succomber avec eux. Pendant le ravage de l'Espagne, ces dignes évêques s'étaient réunis en concile pour aviser à quelques mesures de salut. Que feraient-ils sur cette terre désolée, qui n'avait plus pour horizon qu'un cercle de feu? « Frères, » se dirent-ils, « qu'après avoir caché les reliques des martyrs, pour les soustraire à la profanation, chacun de nous reste au poste où Dieu l'a mis. Nous n'avons point reçu la charge d'évêque pour nous reposer dans la prospérité , mais pour porter le poids des jours mauvais avec les peuples que \isite l'épreuve. Donnons-nous le baiser de paix sur le seuil de la mort, et allons doucement à Jésus-Christ en portant notre part de sa croix. » Ils récitèrent alors le Symbole de leur foi, et après chaque article , tous ensemble répétaient : « Nous le croyons!» Dans leur lutte avec le démon du meurtre, ils avaient la foi pour glaive et la charité pour armure.

Aux yeux des savants du siècle, c'étaient des hommes sans lettres; mais ce sont ces hommes sans lettres qui ont convaincu de folie la sagesse antique et renouvelé la face de la terre.

Quand les ennemis de TËvangile eurent émoussé le fer des bourreaux sur les légions martyres, et que, les trouvant immortelles, ils furent obligés de négocier avec cette puissance perpétuellement grandissante, un autre genre de lutte rendit nécessaire à l'Église une nouvelle armée de défenseurs. Les hautes

écoles du Christianisme vinrent créer l'harmonie entre la science profane et la science sacrée. Vous avez vu passer les Athanase, les Basile j lesOrigène, les Grégoire, les Chrysostome, lesAmbroise, les Augustin, les Jérôme. Ces hautes lampes du sanctuaire ne s'éteindront plus; à leur clarté s'allume une procession de flambeau K que portent vers l'avenir ces génies dont le berceau est dans Rome apostolique, et dont l'immortelle jeunesse fleurit sous tous les climats. « C'est ainsi , » comme l'a écrit un illustre philosophe chrétien, « c'est ainsi que l'Église, par ses^ différents degrés , touche à nos divers besoins : arts, lettres, sciences, législation, politique, institutions littéraires, civiles et religieuses , fondations pour l'humanité, tous ces magnifiques bienfaits nous arrivent par les degrés supérieurs de la hiérarchie, tandis que les détails de la charité et de la morale sont répandus par les degrés inférieurs jusqu'au fond des dernières classes du peuple.

« Si jadis l'Église fut pauvre, depuis le dernier échelon jusqu'au premier, c'est que la Chrétienté élait indigeute comme elle. Mais on ne stmrait exiger que le clergé fût demeuré pauvre, quand l'opulence croissait autour de lui. Jl aurait alors perdu toute considération, et certaines classes de la société avec lesquelles il n'aurait pu vivre se fussent soustraites à son autorité morale. Le chef de l'Église fut prince dès les jours du premier Constantin, pour pouvoir parler au\ princes; les évêques, marchant de pair avec les grands des plus puissants empires, osaient les instruire de leurs devoirs ; les prêtres sortis de familles opulentes, se mêlaient au commun des riches; et le simple pasteur de la plus petite paroisse se rapprochait des pauvres, qu'il était destiné à soulager par ses bienfaits, et à consoler par son exemple. Ce n'est pas que le plus humble et le plus indigent des aiinistres de l'autel ne pût aussi instruire les puissants et les riches, et les rappeler à la vertu; mais il ne pouvait ni les suivre dans les habitudes de leur vie, comme le haut clergé, ni leur tenir un langage qu'ils eussent parfaitement entendu ; la considération même dont il jouissait venait ea

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