‹ Les héros du christianisme a travers les agesChapitre 50 sur 222 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

comme une postérité lointaine des Huns primitifs, avec lesquels elle a conservé, à travers les âges, une ressemblance de type et de mœurs facile à comparer.

Mais la puissance la plus considérable qui se forma de débris de celle d'Attila, fut le royaume des Ostrogoths. Depuis l'irruplions des Huns en Europe, une grande partie de la nation gothique était demeurée soumise à ces Barbares, et tandis que les compagnons du fameux Alaric établissaient avec gloire le royaume des Visigoths dans les Gaules, les Ostrogoths subissaient auprès d'Attila une sorte de servitude. Ils l'avaient suivi dans toutes ses guerres. Mais après sa mort, voyant les Gépides affranchis, ils obtinrent comme eux d'être admis dans la vassalité de l'empire romain. C'était un peuple pasteur, peu guerrier par nature, et disposé à la paix par ses instincts d'oisiveté. Le Christianisme, introduit dans son sein depuis un temps déjà considérable, y avait déposé des germes de civilisation faciles à faire éclore. La renommée d'Ulphilas, traducteur de la Bible en langue gothique, y était encore vénérée; et quoique cet évêque eût professé les erreurs ariennes, la Providence avait permis qu'il fût l'instrument imparfait de la première culture morale de sa race. Les Goths d'Orient, comme ceux d'Occident, ouvraient donc la marche des Barbares vers les hauteurs sur lesquelles ils devaient se transfigurer pour entrer dans le monde à venir. Quelle que fût encore leur ignorance religieuse, ils avaient fait un grand pas en abdiquant l'idolàlrie. Leur dieu Odin, qu'ils arrosaient de sang d'hommes, les avait livrés aux Huns, et Odin, cependant, était le dieu de la guerre; le Dieu de paix des chrétiens, quand ils crurent en lui , leur donna une puissance qui ne devait s'éclipser qu'avec leur fidélité.

Les violentes secousses, qui ébranlaient tout l'Empire, ne réveillaient pas Valentinien endormi dans le sein des plaisirs,

Il était resté dans Rome, avec la làchelé d'un euniiquc, pendant qu'Attila mettait à feu et à sang ses provrnces. Il s'y occupait de Taire des lois sur les rapports du pouvoir spirituel avec •l'empire, à i'iieure même où les Huns lui arrachaient jusqu'à l'ombre du pouvoir temporel.

Tandis qu'il achevait d'avilir la pourpre, Pulchérie expirait à Constantinople. Elle avait seule soutenu la dignité impériale sous le règne de son frère, et, après sa mort, elle avait su placer le diadème sur une tète digne de le porter. Tant que ses conseils furent écoutés, l'Orient fut heureux et l'Église florissante. Elle mourut dans une paix glorieuse, le 18 ievrier 453, âgée de cinquante-quatre ans. Protectrice des pauvres pendant toute sa vie, elle les fit héritiers de tous ses biens personnels, et Marcien fut le religieux exécuteur de cette dernière volonté. L'Église reconnaissante institua une fête pour célébrer sa mémoire.

Il ne restait que deux grandeurs passagères au sommet de l'Empire : Marcien en Orient, Aëtius en Occident.

Aëtius avait défendu Valentinien par de grands exploits. Ce genre d'illustration dans une cour timide, mais envieuse et corrompue, tient souvent lieu de grands crimes. Si Aëtius avait été aussi désintéressé qu'il était brave et habile, il se serait cru heureux de se voir pardonner ses triomphes. Mais son ambition voulait mettre à ses services un prix exorbitant : Valentinien n'ayant point d'enfant raàle, Aëtius n'aspirait à rien de moins qu'à faire déclarer son fils Gaudence héritier du diadème.

Cette prétention révolta l'empereur, et commença la disgrâce du favori. Mais peu de temps après, craignant l'inimitié d'un homme qui tenait dans sa main toutes les réalités du pouvoir et qui n'avait qu'un pas à franchir pour se couronner lui-même, Valentinien feignit une réconciliation. Pour cage de cette paix politique, la princesse impériale Eudocie fut solennellement fiancée à Gaudence. Aëtius se vit près de saisir la fortune : c'était une illusion d'optique.

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Le malheur des hommes nourris dans les cours est d'y apprendre souvent l'art de perdre leurs ennemis par des voies souterraines, jamais celui de se préserver eux-mêmes des embûches qui les menacent. Après avoir perdu et tué Boniface, Aëti us se croyait passé *maitre en intrigues, et à trop de distance de ses envieux pour être vulnérable. Tandis qu'il faisait face aux mirages de sa dernière ambition , le contre-coup d'une misérable aventure, dont il n'était ni auteur, ni confident, ni comphce, donna pour réveil à ses rêves la plus misérable des morts.

Petit-fils par sa mère du tyran de même nom qu'avait renversé Théodose le Grand, Maxime, riche, puissant par ses alliances, et revêtu de la dignité de patrice, qui lui donnait le pas sur les plus hauts personnages après l'empereur, possédait une femme de la plus rare beauté.

Valentinien en devint épris. Un jour qu'il jouait aux dés avec Maxime, il lui gagna jusqu'à son anneau d'or. Donnant aussitôt à ce courtisan une prétendue mission de confiance qui devait l'éloigner de Rome pour quelques jours, sans même qu'il lui fût permis de rentrer dans sa maison pour y annoncer son dé^ part, le perfide Valentinien envoie secrètement à l'épouse de Maxime un exprès porteur de l'anneau et chargé de lui dire, au nom de son mari, qu'elle est attendue auprès de l'impéra'trice.

A la vue de l'anneau, cette femme est sans défiance ; elle se fait porter en litière au palais. On la conduit dans un apparte- «aent écarté : Valentinien paraît et la déshonore, comme autrefois Tarquin avait flétri Lucrèce.

Rentrée dans sa maison, le désespoir dans le cœur, la matbeureuse épouse imagina que Maxime était lui-même complice de l'outrage qu'elle avait subi. Maxime, doublaient irrité et du

crime de Yalentinien , et de l'ignoble stratagème qu'il avait employé pom' saisir une victime sans défense, jura la mort de l'auguste coupable. Sa seconde pensée fut de recueillir, au profit de son ambition, les fruits de sa terrible vengeance; mais il fallait écarter Aëtius, pour se trouver sans rival après avoir abattu l'empereur sans obstacle.

Maxime savait dissimuler : c'est l'art des courtisans qui ont leur fortune à faire ou leur faveur à garder. Il mit d'abord dans sa confidence l'eunuque Héraclius, agent secret des passions adultères de Yalentinien, et par ces honteux services maître absolu des volontés du prince. Héraclius était capable de tout pour de Tor; ravi de servir un personnage dont la prodigalité était proverbiale, il se chargea d'imputer à Aëtius une conspiration que les rancunes de l'empereur frapperaient sans descendre aux éclaircissements.

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Valentînîen, qui ne savait pas tirer Tépée, ne craignit point d'aiguiser le poignard qui devait percer le sein de son dernier défenseur.

Par le conseil du vil Héraclius, il faut qu'Aëtius soit mandé au palais, et qu'il y trouve son tombeau.

L'infortuné vainqueur des champs Catalauniques a-t-il quelqu'un de ces pressentiments qui nous avertissent de l'approche de malheurs imprévus? Il vient au palais, mais il n'est point seul : Boëthius, préfet du prétoire, et quelques amis l'escortent, soit qu'ils le fassent par honneur, soit qu'il les ait priés de ne le point perdre de vue.

Au seuil du palais il trouve Héraclius, le visage souriant : a L'empereur, » lui dit l'eunuque, «vous attend avec impatience; il a je ne sais quelle bonne nouvelle à vous annoncer, que vous seul devez recevoir de sa bouche avant qu'elle descende dans le public. Venez, j'ai ordre de vous introduire con-

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