LIVRE SEPTIÈME
fidentielleraent; vos amis ne vous quitteront qu'un moment; ils seront les premiers dépositaires de votre joie... »
Aëtius ne savait pas lire la perfidie sur les visages de cour, lui qui s'était montré si habile dans son rôle contre le comte Boniface. Il se reproche en lui-même la sourde agitation qui Tavait fait frémir : le bras qui porte l'épée de l'Empire peut-il redouter les cœurs lâches qui lui doivent leur salut et dont il est Tunique défense ?
Il est introduit. Valentinien l'accueille avec un sourire pareil au sourire d'HéracHus, lui fait signe d'approcher, lui tend une main à baiser, selon l'usage romain, et, de l'autre, le frappe au cœur.
Aëtius tombe en poussant un cri étouffé. C'est le signal qu'attendait l'eunuque pour appeler des gardes cachés , qui se précipitent sur les amis du malheureux guerrier et les égorgent.
Après cette horrible exécution , Valentinien , la main toute rouge encore du sang qu'il vient de répandre, demande à l'officier qui commande ses gardes pourquoi il ne le félicite point d'avoir abattu lui-même un si dangereux conspirateur?
— «Conspirateur, » répond l'officier avec un froid sinistre, « c'est possible ; mais je ne suis point son juge. Tout ce que je crois comprendre ici, c'est que vous vous êtes coupé la main droite!...»
Aëtius n'était pas irréprochable ; mais ses fautes et son ambition même ne justifient point son assassinat. Son juge, en se faisant son bourreau, ne devait parvenir qu'à souiller sa propre mémoire. C'est ainsi que la Providence, qui allait bientôt faire sonner la dernière heure de l'édifice romain , abattait la dernière solive qui eût pu retarder sa chute; c'est ainsi que, par cette chaîne invisible qui lie ensemble tous les événements humains, elle se servit de Valentinien pour punir Aëtius, et de la
mort d'Aëtius pour attirer à sa suite le châtiment de Valentinien.
11 semblait qu'avec cet héroïque soldat tombaient toutes les barrières de l'Empire. En apprenant qu'il n'était plus, les Barbares se soulevèrent de tous côtés. J^es pirates saxons parurent sur les côtes de la Gaule; les Franks, sous la conduite de leur roiMérovée, s'étendirent dans la Belgique, et descendirent saccager ce que les Huns avaient laissé debout des villes de Rheims et de Metz; les Souabes enjambèrent le Rhin.
L'écho de leur marche réveillait au loin le cri d'appel à une invasion générale de l'Empire désarmé. Yalentiniensevil perdu. Fidèle à la routine des natures sans cœur, il envoya aux ennemis des députations humiliées pour leur porter ses prières. Leur réponse fut une insulte qui rencontra ses funérailles.
Trois mois après le meurtre d'Aëtius, il se faisait prooK-ner en litière au Champ de Mars, pour y passer en revue des troupes désormais inutiles. Deux officiers des Goths auxiliaires, Ophila et Thraustila, vieux compagnons d'armes d'Aëtius, l'abordèrent, comme pour lui demander une grâce, et le percèrent de coups. Ainsi périt le dernier rejeton de la famille Théodosienne.
Ses meurtriers furent impunis; ils personnifiaient la sanglante protestation de l'armée contre l'assassin couronné du vainqueur d'Attila.
Prince populaire par faiblesse, tyran par débauche, jaloux du mérite qui le servait , bas devant les Barbares, effréné dans les plaisirs qui dégradent , tour à tour esclave d'une mère ambitieuse ou d'eunuques plus vils que la fange, empereur de sérail , comme les anciens despotes d'Asie , et qui avait passé sa vie à voyager de Ravenne à Rome et de Rome à Ravenne, Va-^ lentinien avait vu , sans mourir de honte ou de douleur , les Vandales en Afrique, les Yisigoths sur le Rhône , les Suèves en Espagne, lesFranks dans la Gaule, les Anglo-Saxons dans la Grande-Bretagne, et Attila aux portes de Rome.
On pourrait dire qu'en sa personne expira l'empice d'Occi-